Les créateurs de la télésérie américaine The Good Wife ont dû prendre des notes copieuses, mardi dernier, en regardant CNN ou une autre chaîne d'information continue. Ce jour-là, lors d'une conférence de presse à la limite du supportable, Anthony Weiner, candidat à la mairie de New York, a reconnu en présence de sa femme être un récidiviste de l'exhibitionnisme en ligne.

Richard Hétu LA PRESSE

La scène en rappelait une autre, qui a en partie inspiré la série politico-juridique mettant en vedette Julianna Margulies et Chris Noth. Le 12 mars 2008, l'ancien gouverneur de New York Eliot Spitzer tenait une conférence de presse en compagnie de sa femme pour annoncer sa démission à la suite de révélations médiatiques sur sa fréquentation de prostituées de luxe.

Huma Abedin et Silda Spitzer avaient en commun un air dépité pendant que leur mari avouait ses écarts sexuels. Elles n'étaient certes pas les premières femmes de politiciens à se prêter à pareil supplice. Mais Huma a poussé plus loin le rôle de la «bonne épouse», croyant bon de prendre la parole après les aveux de son mari, qui menait la course à la mairie de New York chez les candidats démocrates avant les nouvelles révélations sur ses «sextos».

«Je l'aime, je lui ai pardonné, je crois en lui et, comme nous le disons depuis le début, nous allons de l'avant», a déclaré l'ancienne proche collaboratrice d'Hillary Clinton à la Maison-Blanche, au Sénat et au département d'État.

La suite a dû la décevoir et a donné des idées aux scénaristes de la série de CBS. Loin de sympathiser avec cette belle et élégante femme, mère d'un garçon de 19 mois, une partie du public et de la presse a critiqué sa décision de se montrer aux côtés de son mari et remis en question sa sincérité.

«Qu'est-ce qui ne va pas avec elle?», a titré le New York Post à la une mercredi dernier. Le même jour, le New York Times a recueilli l'opinion de plusieurs New-Yorkaises qui se posaient la même question. Certaines d'entre elles ont conclu que la femme d'Anthony Weiner était dévorée par l'ambition du pouvoir. Au point d'être prête à se mentir à elle-même ou à tromper carrément le public.

Âgé de 48 ans, Anthony Weiner a reconnu avoir envoyé - sous le pseudonyme de «Carlos Danger» - des messages licencieux ainsi que plusieurs photos de son pénis à une jeune femme de 22 ans, un an après avoir démissionné du Congrès en raison d'un scandale de même nature.

En prenant la parole après son mari, mardi dernier, Huma Abedin suivait l'exemple d'une autre «bonne épouse» de politicien, en l'occurrence Wendy Vitter. Lors d'une conférence de presse, en juillet 2007, la femme du sénateur républicain de la Louisiane David Vitter avait défendu bec et ongle son mariage après que son mari a confessé un «péché très grave». Quelques jours auparavant, Hustler, le magazine de Larry Flynt, avait révélé que la patronne d'un réseau de prostitution de Washington possédait le numéro de téléphone de l'élu champion des valeurs familiales.

Le sénateur Vitter a été réélu en novembre 2010 avec 57% des suffrages.

Il y a évidemment une différence importante entre l'histoire d'Huma Abedin et celle de Wendy Vitter. La première brillait par son absence lors de la conférence de presse où Anthony Weiner a démissionné du Congrès après les premières révélations sur ses frasques sexuelles en ligne, en juin 2011.

Au cours des derniers mois, elle a joué un rôle-clé dans la campagne de réhabilitation à laquelle s'est livré son mari avant d'annoncer sa candidature à la mairie. Dans des entrevues avec les magazines du New York Times et People, entre autres, elle a laissé entendre que son mari était un homme changé depuis sa démission du Congrès.

Et voilà que les New-Yorkais apprennent qu'Anthony Weiner a continué à envoyer des sextos à au moins trois femmes après cette démission. Du coup, la «bonne épouse» est devenue une «complice» aux yeux de plusieurs électeurs et journalistes new-yorkais.

Et la campagne d'Anthony Weiner est devenue un cirque proche de l'implosion. Plusieurs journaux new-yorkais ont réclamé le retrait de l'ex-représentant. Sa cote de popularité a chuté de façon spectaculaire selon au moins un sondage. Et son directeur de campagne a remis sa démission dimanche.

Pendant ce temps, Eliot Spitzer tente également d'effectuer un retour en politique en briguant le poste de contrôleur financier de la Ville de New York. Comble d'ironie, il pourrait bien atteindre son but sans l'aide de sa femme, qui ne vit plus avec lui.