Six mois après sa réélection, Barack Obama présente un bilan terne, bloqué par le Congrès dans les affaires intérieures alors que l'influence américaine est remise en cause à l'étranger.

Stephen COLLINSON AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président démocrate américain, bien loin de son discours d'investiture débordant d'intentions réformatrices, se retrouve six mois après en terrain connu: au pied du mur de l'intransigeance républicaine.

M. Obama était retourné à la Maison-Blanche ragaillardi par sa victoire dans les urnes en novembre, mais les motifs de se réjouir sont depuis rares.

S'il a pu, en début d'année, marquer des points en parvenant à augmenter la taxation des plus riches, il s'est heurté à un mur sur la question de la réglementation des armes à feu et a dû repousser une partie de la mise en place de sa réforme phare de la santé.

Le scandale des programmes de surveillance par l'agence de renseignement NSA a encore réduit la marge de manoeuvre présidentielle.

Dans le même temps, il s'agace des critiques qui le comparent à l'ancien président Lyndon Johnson, pour son incapacité à mettre au pas le Congrès.

«C'est un passage à vide pour Barack Obama», estime Peter Brown, directeur de l'institut de sondage de la Quinnipiac University, fort de chiffres qui ne créditent le président que de 44% d'avis favorables.

S'il s'agit de politique étrangère, les chiffres n'ont jamais été aussi bas, avec 40%.

M. Obama avait espéré que sa claire réélection allait tempérer la «fièvre» républicaine bloquant sa présidence.

Rien n'y a fait.

Bruce Buchanan, spécialiste de la présidence à l'université du Texas, estime que la lutte entre M. Obama et ses adversaires est unique dans l'époque contemporaine.

«Je ne pense pas qu'un autre président ait été autant détesté par le parti adverse», note-t-il.

Les racines du conflit viennent de la bataille idéologique entre les conservateurs et Obama, qui utilise l'exécutif pour arriver à ses fins.

Des alliés furieux

En ce moment, la Chambre des représentants, à majorité républicaine, bloque la réforme de l'immigration, qui devait être l'une des plus en vue du second mandat.

Beaucoup d'élus craignent d'être débordés sur leur droite pendant les primaires de 2014 s'ils laissent passer une loi qui donnera la citoyenneté à 11 millions de sans-papiers.

D'un autre côté, les dirigeants républicains craignent le retour de bâton des électeurs hispaniques.

Dans ce dossier comme dans d'autres, la meilleure stratégie à suivre pour le président est de rester dans la marge.

L'opposition du Congrès façonne même la stratégie de M. Obama concernant le réchauffement climatique, qu'il veut être le clou de son second mandat.

Sachant que toute loi bute sur une impasse en arrivant au Congrès, le président a demandé aux autorités d'édicter des règles plus strictes pour faire baisser les émissions polluantes dans les usines.

Il pourrait aussi avoir besoin d'utiliser le pouvoir exécutif pour respecter une autre de ses promesses, fermer la prison de Guantanamo.

De nouveaux succès ne semblant pas à l'ordre du jour, le président pourrait utiliser son second mandat pour consolider ceux du premier, afin de rester dans l'Histoire. De nombreux présidents l'ont fait.

Cela signifierait une mise en place en douceur de sa réforme de santé et une amélioration continue de l'économie.

M. Obama a récolté peu de lauriers pour avoir contenu la crise économique à son arrivée au pouvoir en 2009, mais l'avenir pourrait lui être reconnaissant d'avoir sauvé l'industrie automobile américaine.

«Peut-être, à long terme, s'en trouvera-t-il crédité», estime l'analyste politique Dante Scala, de l'université du New Hampshire.

Le président américain n'est pas plus heureux à l'étranger, avec un Moyen-Orient en flammes, des alliés furieux d'avoir été espionnés et le casse-tête récurrent de l'Iran et la Corée du Nord.

Il doit ainsi se colleter au nucléaire iranien et à la guerre en Syrie sans engager les États-Unis dans un nouveau conflit, et se montrer capable de quitter l'Afghanistan sans laisser le chaos derrière lui.