Pendant que le tatoueur pique à l'encre noire son avant-bras gauche, Eric Rivera explique pourquoi il a décidé d'ajouter à sa collection de tatouages le logo de son nouvel employeur, Rapid Realty, une société immobilière basée à New York.

Publié le 28 mai 2013
Richard Hétu LA PRESSE

«C'est une façon d'exprimer ma loyauté, mais ça représente aussi une étape de ma vie de même qu'une grande réalisation. Je viens de loin», dit le jeune homme de 24 ans, qui avoue s'être cherché longtemps avant de suivre un cours de courtier immobilier aux frais de Rapid Realty.

Eric Rivera ne l'a pas dit, mais se faire tatouer sur le corps les deux R de Rapid Realty, c'est aussi une façon d'obtenir une augmentation de salaire d'au moins 15%. Il est le 51e employé de l'agence immobilière (sur 800) à avoir choisi de porter ainsi la marque indélébile de son entreprise.

«J'aime tout ce que cette compagnie représente», ajoute le courtier en herbe au cours de la séance de tatouage, qui s'est déroulée dans les locaux d'un des franchisés de Rapid Realty, à Dumbo, un des quartiers préférés des hipsters de Brooklyn.

Le fait d'avoir dans la peau le logo de leur entreprise a valu aux tatoués de Rapid Realty et à leur patron de faire parler d'eux jusqu'en Australie au cours des dernières semaines.

«Ce qui rend cette histoire intéressante est le fait que nous avons ici des gens qui aiment leur boulot. La plupart des gens n'aiment pas ce qu'ils font», dit le fondateur et PDG de Rapid Realty, Anthony Lolli, un homme rondouillet de 35 ans.

Des critiques et des éloges

N'en déplaise à Anthony Lolli, tout le monde n'est pas séduit par cette histoire de tatouages à caractère commercial.

«Je n'aurai jamais recours à cette agence immobilière», a écrit un internaute sur la page Facebook de Rapid Realty, dénonçant la «déshumanisation» des salariés de l'agence.

Mais il reste qu'Anthony Lolli et son entreprise ont des admirateurs inconditionnels parmi les tatoués de Rapid Realty. Certains d'entre eux ont même décidé de passer chez le tatoueur sans savoir qu'ils deviendraient éligibles à une augmentation de salaire. À les entendre, leur loyauté tient au climat d'entraide créé par leur patron, aux dépenses auxquelles celui-ci consent pour les former et à la possibilité qui leur est offerte de devenir franchisés.

«Il se trouve que je travaille pour l'agence immobilière la plus passionnante de New York. Et c'est ma façon de démontrer ma loyauté à l'entreprise», dit Vincent Pilgrim, un courtier de 44 ans qui a travaillé pour une autre agence new-yorkaise.

Fils d'un enseignant et d'une esthéticienne, Anthony Lolli avait 21 ans lorsqu'il a fondé Rapid Realty. Devenu franchiseur il y a trois ans, il règne aujourd'hui sur un réseau de 62 agences franchisées. Et il promet de se faire tatouer à l'ouverture de la 100e.

«Nous ne concluons pas des transactions de plusieurs millions de dollars», raconte l'entrepreneur. «Nous sommes comme les restaurants Subway. Nous ne nous prenons pas trop au sérieux. Nous plaçons des gens dans des appartements ou des espaces commerciaux à louer. C'est aussi simple que ça.»

Un tatouage payant

L'idée de se faire tatouer le logo de Rapid Realty a d'abord surgi dans la tête d'un courtier qui venait de trouver un espace commercial à un tatoueur. Celui-ci lui a offert gratuitement de réaliser le tatouage de son choix. Le courtier a choisi le logo de son agence.

«Il m'a appelé pendant qu'il se faisait tatouer», se souvient Anthony Lolli. «Je suis allé prendre des photos et je les ai envoyées le lendemain à mes employés par courriel. Certains d'entre eux ont dit, «Hey, moi aussi, je veux un tatouage».»

Anthony Lolli a ensuite eu l'idée offrir un boni aux tatoués. Pour les nouveaux employés, le tatouage vaut plus qu'une augmentation de salaire de 15%. Il fait passer automatiquement et de façon permanente la commission que ceux-ci touchent sur chaque transaction de 25 à 40%.

«J'étais sur le point de signer ma première transaction quand j'ai entendu parler du tatouage», raconte Stephanie Barry, une ancienne chef cuisinière de 39 ans. «J'ai demandé à mon client d'attendre une journée, le temps de me faire tatouer. Ma commission est ainsi passée de 500 à 800$.»

Mais ces tatoués de l'immobilier ne regretteront-ils pas un jour d'avoir sur la peau le logo indélébile d'une entreprise qu'ils apprendront peut-être à détester? David Stupar, un ancien marine de 24 ans répond à cette question en exprimant une opinion commune à plusieurs de ses collègues tatoués.

«Rapid Realty représente une partie de ma vie. Que je reste ici ou non, je me souviendrai toujours de ce chapitre de ma vie», dit-il.