Le président Barack Obama a lancé lundi un avertissement très ferme au régime syrien sur ses armes chimiques, affirmant qu'y avoir recours ou même les déplacer reviendrait à franchir une «ligne rouge» et pourrait ouvrir la voie à une intervention militaire américaine. Il s'est aussi exprimé sur l'Afghanistan.

Mis à jour le 20 août 2012
Tangi QUEMENER AGENCE FRANCE-PRESSE

«Jusqu'ici, je n'ai pas donné l'ordre d'intervenir militairement» en Syrie, a souligné M. Obama lors d'une conférence de presse impromptue à la Maison-Blanche. Mais «si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation», a-t-il ajouté.

La question de ces armes, dont Damas a reconnu posséder d'importants stocks, ne concerne «pas seulement (...) la Syrie, mais aussi nos proches alliés dans la région, dont Israël. Cela nous inquiète. Nous ne pouvons pas avoir une situation dans laquelle des armes chimiques ou biologiques tombent dans les mains des mauvaises personnes», a développé le président.

«Nous avons été très clairs avec le régime Assad, mais aussi avec d'autres forces en présence sur le terrain» à ce sujet, a-t-il ajouté.

«Nous surveillons la situation de très près, nous avons mis sur pied un ensemble de plans (...) et nous avons fait savoir de façon claire et nette à toutes les forces dans la région qu'il s'agissait d'une ligne rouge pour nous, et qu'il y aurait des conséquences énormes» si de telles armes entraient dans le champ du conflit, a encore dit M. Obama.

Il s'agit d'une hausse de ton notable pour le président américain, qui avait déjà prévenu le 23 juillet que le régime d'Assad commettrait une «erreur tragique» et devrait rendre des comptes s'il utilisait ses armes chimiques.

A l'époque, le régime syrien avait reconnu pour la première fois posséder de telles armes et menacé de les utiliser en cas d'intervention militaire occidentale, mais jamais contre sa population, tandis que les rebelles avaient accusé le gouvernement syrien d'avoir déplacé certaines de ces armes aux frontières.

La révolte contre le régime du président Assad, qui a éclaté en mars 2011 et s'est depuis militarisée, a fait plus de 23.000 morts depuis, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Toutes les tentatives de résolutions contraignantes à l'ONU ont échoué en raison des vetos opposés par Moscou et Pékin au Conseil de sécurité, et M. Obama, en creux, a reconnu lundi l'éventail limité des options qui s'offrent aux États-Unis pour peser dans ce conflit.

«En Syrie, c'est un dossier très difficile. J'ai dit de nombreuses fois que le président Assad avait perdu sa légitimité, et qu'il devait quitter le pouvoir», a déclaré M. Obama.

«Jusqu'ici, il n'a pas compris le message, et au lieu de cela, il a redoublé de violence contre son propre peuple. La communauté internationale a dit clairement qu'il ferait mieux d'aller vers une transition politique plutôt que d'entraîner son pays dans une guerre civile, mais à l'heure actuelle, la perspective d'un atterrissage en douceur semble assez éloignée», a concédé le président américain.

Il a affirmé que les États-Unis avaient jusqu'ici contribué à hauteur de 82 millions de dollars à l'aide humanitaire aux réfugiés.

Sans évoquer d'aide militaire directe aux rebelles, M. Obama a aussi indiqué que les États-Unis fournissaient «certaines aides à l'opposition pour réfléchir à la façon dont une transition politique se déroulerait, et quels sont les principes qui devraient être appliqués en terme de défense des droits de l'Homme et des minorités».

Sur l'Aghanistan

Dans un autre registre, le président a exprimé lundi sa «profonde inquiétude» au sujet de la multiplication des meurtres de militaires de la coalition internationale en Afghanistan par des hommes portant des uniformes de l'armée ou de la police afghane.

«Nous suivons avec une profonde inquiétude les «tirs fratricides»» en Aghanistan, aussi appelés «green-on-blue incidents», a déclaré Barack Obama lors d'un point presse à la Maison-Blanche.

Le président a indiqué qu'il allait en parler avec le président afghan Amid Karzaï et que le général Martin Dempsey, le plus haut gradé américain, actuellement en Afghanistan, avait des «entretiens profondis» à ce sujet avec John Allen, le commandant de l'Isaf, la force armée de l'Otan en Afghanistan, ainsi que «avec nos partenaires afghans».

«Bien sûr nous devons faire plus parce qu'il y a eu un pic ces 12 derniers mois», notamment en terme de formation des troupes afghanes, qui doivent prendre le relais de l'Otan fin 2014, mais «nous devons le faire de manière à ce que nos soldats ne soient pas exposés» à ces risques, a plaidé le président américain.

«Nous aurons moins de victimes américaines et moins de victimes au sein de la coalition si nous suivons notre plan de transition et si nous nous assurons que l'armée afghane soit la plus efficace possible», a-t-il déclaré.

M. Obama a rappelé les mesures déjà engagées pour contrer ces actions: amélioration de la recherche de renseignements sur les menaces potentielles et de l'entraînement, et formation d'«anges gardiens» de la coalition qui soient armés en permanence quand des membres de l'Otan sont au contact de policiers ou de soldats afghans.

Le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta s'était dit mardi dernier «très préoccupé» par la multiplication de ces meurtres «fratricides», qualifiés jusqu'ici par le Pentagone d'«isolés».

Un Afghan portant l'uniforme de la police a tué dimanche un soldat de l'Otan dans le sud de l'Afghanistan, a annoncé la force de l'Otan (Isaf), portant à 40 morts le bilan de telles attaques dites «fratricides» pour l'année en cours.