Ton sarcastique, impatience visible et piques à ses adversaires: c'est un Barack Obama excédé qui est apparu mercredi lors de sa conférence de presse, à des lieues du message d'apaisement et d'unité qui était le sien lors de la présidentielle de 2008.

Stephen Collinson AGENCE FRANCE-PRESSE

Affirmant tout de go que ses filles de 10 et 13 ans avaient davantage le sens des réalités que le Congrès, le président des États-Unis a tancé les parlementaires pour leurs vacances à ses yeux trop longues et les a accusés de mauvaise foi dans le dossier libyen.

Tout au long de cette séance de questions-réponses de plus d'une heure, M. Obama a laissé transparaître sa colère vis-à-vis des républicains qui contrôlent la Chambre des représentants.

Ces derniers refusent toute hausse d'impôts dans le cadre d'un accord sur la lutte contre les déficits, au moment où le compte à rebours vers un défaut de la dette est engagé.

L'attitude de M. Obama semble marquer une rupture vers davantage de populisme, à 16 mois de la présidentielle de novembre 2012 où il briguera un second mandat de quatre ans à la Maison Blanche.

Lors de sa prise de fonctions, en janvier 2009, M. Obama avait poursuivi dans la veine de son message de campagne: unité et dépassement des batailles partisanes pour le bien commun des Américains, au-delà des «récriminations et des dogmes».

Mais à en croire la conférence de presse de mercredi, les récriminations et les dogmes ont encore de beaux jours devant eux à Washington et M. Obama n'est pas le dernier à avoir recours à une rhétorique musclée.

Il a ainsi remarqué que malgré de «multiples» réunions avec des dirigeants du Congrès, aucun accord ne s'était encore dégagé sur le relèvement du plafond de la dette, un mois avant la date fatidique du 2 août, quand le Trésor américain ne pourra plus faire face à ses engagements.

«À un moment donné, il faudra bien qu'ils fassent leur boulot. Le moment est venu d'aller de l'avant et de prendre des décisions difficiles. C'est pour cela qu'on les appelle des chefs», s'est-il écrié.

M. Obama a aussi ironisé sur le fait que ses filles «Malia et Sasha terminent leurs devoirs avec un jour d'avance». «Elles n'attendent pas la veille au soir. Et elles ont 13 et 10 ans. Le Congrès peut faire la même chose».

Le président, pourtant lui-même ancien sénateur, s'est également étonné du nombre et de la durée des vacances que s'octroient les parlementaires.

«Je pense que les membres du Congrès doivent comprendre que nous allons (...) rester ici jusqu'à ce que nous réglions l'affaire» de la dette, a-t-il lancé.

«Une semaine ils sont là, une autre semaine ils ne sont pas là, et puis ils disent qu'il faut qu'Obama s'implique», a-t-il feint de s'étonner. «Il faut être là! Moi je suis là. Je me suis occupé de l'Afghanistan, de Ben Laden, de la crise grecque», a-t-il ajouté.

Sur un autre dossier qui l'a opposé récemment au Congrès, la question de la constitutionnalité de l'engagement militaire des États-Unis en Libye, M. Obama a affirmé que tout ce «bruit» était motivé par de la «politique politicienne».

Souhaitant l'envoi d'un «message d'unité» au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, «l'un des pires tyrans de la planète, quelqu'un que personne ne devrait vouloir défendre», M. Obama a égratigné les parlementaires.

«Cela devient le sujet à la mode pour certains membres du Congrès», a-t-il lancé.