Le procès d'un immigré rwandais octogénaire, accusé d'avoir menti sur son rôle dans le génocide de 1994 pour obtenir la nationalité américaine, est entré dans sa cinquième semaine lundi à Wichita (Kansas, centre) où une kyrielle de témoins a été appelée à la barre.

Publié le 23 mai 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Lazare Kobagaya, 84 ans, est accusé d'avoir trompé les services de l'immigration américains et d'avoir menti sur ce qu'il faisait pendant les massacres, selon le ministère public.

S'il est reconnu coupable, M. Kobagaya risque l'expulsion des États-Unis vers le Rwanda, où, selon sa famille, il risque d'être condamné à la peine de mort par l'actuel gouvernement dirigé par des Tutsis.

À la barre, plusieurs témoins ont affirmé que l'accusé était un Hutu relativement fortuné qui avait organisé des meurtres et incité à la violence contre la minorité tutsie dans son village au sud du Rwanda.

Une femme, en larmes durant tout son témoignage, a identifié Kobagaya comme celui qui avait ordonné le meurtre de son mari et de ses trois enfants.

Un homme hutu a affirmé que Kobagaya avait organisé le meurtre de deux adolescents tutsis ainsi que l'incendie de plusieurs maisons appartenant à des familles de cette ethnie.

Les avocats de la défense ont émis des doutes sur ce témoignage, affirmant que de fausses accusations étaient parfois proférées par des personnes ayant participé au génocide en échange d'une peine de prison réduite, voire contre de l'argent.

La défense a présenté Lazare Kobagaya comme un père de onze enfants, allant régulièrement à l'église et ayant eu à coeur de protéger sa femme tutsie ainsi que deux autres habitants tutsis du village.

«Lorsque nous étions enfants, nos meilleurs amis étaient des Tutsis», a affirmé un des fils de l'accusé, André Kandy, lundi. «Ma fiancée était tutsie, ma mère aussi», a-t-il déclaré.

D'après les témoignages, M. Kobagaya est arrivé au Rwanda en 1972 afin de fuir l'oppression tutsie qui prévalait au Burundi, pays où il est né.

Il a émigré aux États-Unis en 1997 et obtenu sa citoyenneté près de dix ans plus tard.

Le génocide rwandais a fait entre 500 000 et 800 000 morts, selon l'ONU essentiellement des membres de la minorité tutsie.