Dans un article publié dans le défunt magazine Talk après les attentats du 11 septembre 2001, Chelsea Clinton avouait ressentir avec une nouvelle acuité le besoin «de jouer un rôle dans l'avenir de l'Amérique».

Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

À l'époque, il était difficile d'imaginer ce que pourrait être ce rôle. Inscrite à Oxford, la fille unique de Bill et Hillary Clinton n'était certes plus la petite fille au physique un peu ingrat que le monde avait découverte en 1992. Mais elle demeurait la discrétion incarnée, à l'opposé de ses parents hypermédiatisés.

La campagne présidentielle de 2008 aura marqué un tournant dans l'évolution de l'image de Chelsea Clinton, qui s'est révélée «une politicienne naturelle», pour reprendre l'expression de l'hebdomadaire New York. Du coup, il n'était plus interdit de croire qu'elle pourrait un jour perpétuer l'héritage politique de ses parents.

«Je tenais pour acquis qu'elle était très, très timide, car elle avait observé jusque-là un silence total en public. Mais, lorsqu'elle a fait campagne avec sa mère, j'ai réalisé comme tout le monde qu'elle était très intelligente, très structurée, très équilibrée et sûre d'elle-même», a dit l'historien Doug Wead, auteur d'un livre intitulé All the Presidents' Children sur les enfants des présidents américains.

«Je ne serais pas surpris si elle optait pour un rôle public, même si les 19 enfants de présidents auxquels j'ai parlé ont tous choisi de rester dans l'ombre», a-t-il ajouté au cours d'une conversation téléphonique.

L'image de Chelsea Clinton continuera d'évoluer aujourd'hui à l'occasion de son mariage avec Marc Mezvinsky à Rhinebeck, une ville pittoresque de la vallée de l'Hudson. C'est une femme grande et élancée, à la chevelure lisse et à la dentition parfaite que l'ex-président accompagnera jusqu'à l'autel, un moment d'une grande charge symbolique.

«C'est un exemple remarquable de résilience», dit Doug Wead en référence à la façon dont Chelsea Clinton avait réagi à l'affaire Monica Lewinsky et à l'impeachment de son père. «Voilà une jeune femme qui a vécu une période très éprouvante sur le plan émotif, qui est retombée sur ses pieds, qui va se marier et qui semble beaucoup aimer sa mère et son père. À mon avis, cette résilience explique en bonne partie pourquoi le public américain admire Chelsea. Les gens voient en elle une survivante.»

Mais cette admiration ne rivalise sans doute pas avec celle que Bill Clinton voue à sa fille. En mai 2008, vers la fin de la course à l'investiture démocrate entre Barack Obama et Hillary Clinton, l'ex-président semblait se consoler de la défaite inéluctable de sa femme en évoquant la possibilité que sa fille puisse être un jour candidate à la Maison-Blanche.

«Si vous m'aviez demandé avant les caucus de l'Iowa si Chelsea pourrait être candidate, j'aurais répondu: "Certainement pas, elle est trop allergique à ça." Mais en fait, elle est vraiment douée pour faire campagne», avait-il déclaré dans un entretien publié dans le magazine People.

«Elle a la personnalité de sa mère et l'énergie de son père», avait-il ajouté.

Une carrière en politique obligerait évidemment Chelsea Clinton à surmonter sa méfiance à l'égard des médias, auxquels elle n'a pas encore accordé une seule entrevue. Cette méfiance l'a d'ailleurs exposée au ridicule durant la campagne présidentielle, en 2008, après qu'un journaliste en herbe âgé de 9 ans lui eut posé une question innocente.

«Je suis désolée, je ne parle pas à la presse, et cela s'applique à toi, malheureusement», a-t-elle répondu avant de s'éclipser.

Après la campagne présidentielle, Chelsea Clinton n'est pas retournée à son emploi à Wall Street, où elle mettait à profit sa bosse des maths pour le fonds d'investissement à risque Avenue Capital. Elle a préféré poursuivre ses études à l'université Columbia, où elle a décroché en janvier une maîtrise - sa deuxième après celle d'Oxford - en santé publique et en gestion.

Pour David McDowell, psychiatre new-yorkais qui suit de près l'évolution de Chelsea Clinton, il ne fait pas de doute que la fille de l'ancien président se prépare à jouer un rôle important dans la fondation de son père, pour laquelle elle a amassé 20 millions de dollars en 2007 auprès de New-Yorkais fortunés. Le Dr McDowell la voit même succéder un jour à son père, qu'elle a accompagné à l'occasion dans ses voyages à l'étranger, notamment au Rwanda en 2008 et en Haïti l'an dernier.

«Ce serait l'emploi idéal pour elle, dit M. McDowell, joint par téléphone. Elle pourrait jouer un rôle important dans un domaine qui lui tient à coeur, perpétuer l'héritage de ses parents aux États-Unis et ailleurs dans le monde, et cela, sans avoir à plonger dans le monde rugueux de la politique.»

Mais avant, Chelsea Clinton voudra peut-être mettre au monde ses propres héritiers.