Les immigrés clandestins de l'Arizona - et tous ceux qui pourraient seulement en avoir l'air - ont obtenu un sursis, mercredi.

Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

À la veille de l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur l'immigration, une juge fédérale de Phoenix a prononcé une injonction préliminaire qui empêche l'État du sud-ouest américain d'appliquer les articles les plus controversés de la mesure adoptée en avril.

Dans une décision de 36 pages, la juge Susan Bolton a notamment estimé que la disposition la plus explosive de la loi mènerait à coup sûr au profilage racial, au harcèlement et à l'arrestation non seulement d'étrangers mais également de citoyens américains. Cette disposition exige qu'un policier essaie de déterminer le statut migratoire d'une personne contrôlée ou arrêtée s'il peut «raisonnablement» soupçonner que cette personne se trouve illégalement présente aux États-Unis, ce que les détracteurs de la loi assimilent à un délit de faciès.

La juge Bolton a également fait valoir que l'État fédéral américain «avait de bonnes chances de l'emporter sur le fond» dans sa contestation de quatre articles de la loi de l'Arizona, dont l'adoption a soulevé un débat passionné aux États-Unis et remis à l'avant-scène la question complexe de l'immigration illégale.

«Maintenir le statu quo au moyen d'une injonction préliminaire est moins dommageable que de permettre l'application de lois locales qui seront probablement rendues caduques par une loi fédérale à venir», a écrit la magistrate, qui devra se prononcer sur la constitutionnalité des articles contestés.

Les experts prédisent que ce dossier remontera jusqu'en Cour suprême. En attendant, l'injonction préliminaire représente une victoire importante pour les opposants à cette loi, qui fait l'objet de sept plaintes, dont une de l'administration Obama, qui soutient que la politique d'immigration relève de la compétence exclusive du gouvernement fédéral.

Les autres plaignants, dont l'association de défense de droits civils ACLU, ont plutôt insisté sur la discrimination raciale à laquelle cette loi exposerait les Américains d'origine hispanique.

Les défenseurs de la loi, dont la gouverneure de l'Arizona, Jane Brewer, y voient pour leur part une façon de réduire le nombre d'immigrés illégaux dans leur État, estimé à 450 000 (sur un total de 10,8 millions de clandestins aux États-Unis).

«Je suis déçue par la décision de la juge Bolton», a déclaré la gouverneure républicaine, qui a aussitôt annoncé sa décision d'interjeter appel. «Ce combat est loin d'être fini. En fait, il ne fait que commencer et, à la fin de ce qui sera sûrement une longue lutte juridique, l'Arizona parviendra à faire reconnaître son droit de protéger ses citoyens.»

Dans une entrevue diffusée mardi sur CNN, la gouverneure avait nié que la nouvelle loi puisse ouvrir la porte au délit de faciès.

«La discrimination raciale est interdite aux États-Unis ; elle l'était en Arizona et continuera de l'être», a-t-elle déclaré.

Par son injonction, la juge Bolton a également suspendu l'application d'articles qui auraient notamment interdit aux immigrés illégaux de postuler un emploi et exigé de toute personne se trouvant en Arizona d'avoir sur elle ses papiers d'identité.

Le ministère de la Justice américain a accueilli avec satisfaction la décision de la juge.

«Même si nous comprenons la frustration des citoyens de l'Arizona face à un système d'immigration déréglé, un patchwork de mesures locales nuirait sérieusement à l'application des lois fédérales sur l'immigration et serait contre-productif», a déclaré Hannah August, porte-parole du ministère de la Justice.

Barack Obama avait tenu le même raisonnement au début du mois de juillet dans son premier discours officiel sur l'immigration depuis son entrée à la Maison-Blanche. Appelant le Congrès à adopter une réforme de l'immigration, il s'était contenté de termes généraux qui donnaient à penser qu'il ne croyait guère à une action prochaine de la Chambre des représentants ou du Sénat sur cette question.

Le fait est que le président navigue à contre-courant, notamment sur la loi SB 1070, appellation officielle de la mesure de l'Arizona. Pas moins de 55% des Américains approuvent cette loi alors que 40% s'y opposent, selon un sondage publié mercredi par CNN.