La publication de milliers de documents secrets brossant un tableau sombre de la situation en Afghanistan plaçait lundi la Maison-Blanche sur la défensive, huit mois après la remise à plat de la stratégie américaine dans ce pays par le président Barack Obama.

Tangi Quemener AGENCE FRANCE-PRESSE

L'administration Obama a réagi avec célérité à la publication d'extraits de quelque 92 000 documents internes du Pentagone, consacrés à la situation en Afghanistan depuis 2004, pour la condamner «fermement» et expliquer qu'elle pourrait mettre des vies en danger.

Le conseiller à la Sécurité nationale du président, le général James Jones, a souligné dimanche que «les documents publiés par (le site internet) Wikileaks couvrent une période allant de janvier 2004 à décembre 2009», soit avant l'annonce par M. Obama de sa nouvelle stratégie.

En décembre, M. Obama avait annoncé l'envoi de 30 000 soldats supplémentaires pour briser l'insurrection des talibans et davantage d'efforts dans la lutte contre les extrémistes au Pakistan, «précisément à cause de la grave situation qui s'est développée pendant plusieurs années», a rappelé le général Jones.

M. Obama avait alors refusé de suivre l'opinion de son vice-président Joe Biden, qui voulait éviter une escalade militaire, et souhaitait miser sur les forces spéciales et sur davantage de raids de drones.

Le général Jones a affirmé que «ces fuites irresponsables n'auront pas de conséquence sur notre engagement en cours, visant à renforcer notre alliance avec l'Afghanistan et le Pakistan, pour battre nos ennemis communs et soutenir les aspirations des Afghans et des Pakistanais».

Un haut responsable de l'administration s'en est quant à lui pris à Wikileaks, qui selon lui «n'est pas un média objectif, mais plutôt une organisation qui s'oppose à la politique américaine en Afghanistan».

Ces documents ne semblent pourtant rien révéler de plus que ce qui avait déjà été écrit sur la guerre, note l'expert en stratégie Anthony Cordesman, du Centre pour les études internationales et stratégiques (CSIS) de Washington.

Mais «aucun gouvernement n'aime voir publier ses secrets», explique-t-il. Et ces révélations sont surtout explosives dans le sens qu'elles contredisent l'optimisme jusqu'ici affiché par l'administration sur ce dossier.

«Il est dommageable qu'en essayant de contrôler le message, le résultat ait été de déformer le message, pour constamment essayer de créer un climat d'optimisme et de succès», dit M. Cordesman, remarquant qu'aucun gouvernement ayant envoyé des forces en Afghanistan «n'a fourni d'informations claires sur ce qui se passe vraiment dans cette guerre».

Ces documents révèlent des victimes civiles jusqu'ici non rapportées et des liens supposés entre les services secrets pakistanais et les insurgés, autant d'informations qui ne vont pas rendre plus populaire auprès des Américains une expédition coûteuse en vies et qui va bientôt entrer dans sa 10e année.

M. Obama évoque depuis sa campagne électorale une «guerre juste» dans laquelle les États-Unis ont été entraînés à la suite du 11 septembre, et qu'il est nécessaire de gagner pour empêcher Al-Qaïda de mener à nouveau de telles attaques.

Mais pour Julian Zelizer, professeur d'histoire à l'université de Princeton, ces révélations mettent en évidence le fait que M. Obama «a fait un pari sur une guerre où il n'y a pas de progrès». À défaut, il aurait été vulnérable aux attaques des républicains sur une «mollesse en terme de sécurité nationale», note-t-il.

Après ces révélations, «les gens vont désormais avoir des doutes sur ce qui est en train de se produire», remarque M. Zelizer.