Le 15 juillet 2010 ne marquera peut-être pas un tournant dans la présidence de Barack Obama, mais cette journée tombe à point nommé pour lui.

Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Du golfe du Mexique et de l'enceinte du Sénat, le président a reçu des nouvelles susceptibles de lui enlever une énorme épine du pied et de rehausser son image écornée de leader.

Le chef de la Maison-Blanche a évidemment réagi avec prudence à l'annonce de l'arrêt de la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique, sachant qu'il était trop tôt pour dire si le puits de BP avait été définitivement bouché.

«Nous sommes toujours dans une phase de test», a-t-il déclaré.

Mais la fin de l'épisode le plus sombre de son mandat semble désormais en vue.

Pendant plusieurs semaines, les commentateurs américains ont rivalisé d'imagination pour trouver le parallèle historique qui illustrerait le mieux l'impact de la marée noire sur la présidence du démocrate. L'ouragan Katrina a eu la cote un certain temps, avant d'être remplacé par la crise des otages en Iran, les deux événements ayant mis en lumière l'incompétence et l'impuissance de deux présidents impopulaires, en l'occurrence George W. Bush et Jimmy Carter.

Ne goûtant sans doute pas d'être associé à ces deux présidents, dont l'un n'a pas été réélu, Barack Obama a lui-même suggéré un autre parallèle historique: les attentats du 11 septembre 2001. Selon lui, la catastrophe écologique poussera son pays à repenser sa politique environnementale et énergétique pour les années à venir, «de la même façon que le 11 septembre 2001 a durablement modelé la manière dont nous percevons nos faiblesses et notre politique étrangère».

Le fait est qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l'impact de la marée noire sur la présidence de Barack Obama. Des sondages ont indiqué que l'insatisfaction des Américains à l'égard de sa gestion de la crise ne s'est guère répercutée sur leur perception de sa performance générale à la Maison-Blanche. Et s'il y a eu baisse dans certains sondages, elle peut être attribuée autant à l'économie qu'à la situation dans le golfe du Mexique.

Il est également trop tôt pour dire si la marée noire deviendra un 11 septembre écologique. Pour le moment, la Maison-Blanche a du mal à capitaliser sur la crise: le Sénat américain semble réticent à adopter d'ici la fin de l'année une version même édulcorée du projet de loi sur l'énergie et le climat voulu par le président.

Mais la marée noire n'aura pas complètement paralysé Washington, comme le Sénat l'a démontré hier en adoptant la plus vaste réforme de la réglementation financière depuis les années 30. Il s'agit d'une autre victoire législative majeure pour le président, qui a déjà promulgué une réforme du système de santé plus tôt cette année.

Prudent dans le cas de l'arrêt de la fuite de pétrole, Obama s'est montré plus enthousiaste en parlant de la réforme de Wall Street hier. Selon lui, cette loi va mettre fin aux «affaires louches» qui ont contribué à la crise financière de 2008.

«Grâce à cette réforme, les Américains ne seront plus jamais mis à contribution pour les erreurs de Wall Street. Il n'y aura plus de sauvetage avec l'argent des contribuables, point», a-t-il dit au cours d'une brève intervention dans la roseraie de la Maison-Blanche.

Sur ce, Barack Obama est retourné dans le bureau Ovale en croisant les doigts.