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L'avortement: un complot contre les Noirs?

Un panneau publicitaire en bordure d'une route d'Atlanta... (Photo: AP)

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Un panneau publicitaire en bordure d'une route d'Atlanta

Photo: AP

Le représentant républicain d'Arizona Trent Franks en a fait sourciller plus d'un aux États-Unis la semaine dernière en affirmant que la situation des Afro-Américains est pire aujourd'hui qu'elle ne l'était du temps de l'esclavage. Non, vous n'avez pas mal lu.

Certes, l'asservissement de plusieurs millions d'Africains et de leurs descendants «a laissé des stigmates ineffaçables sur l'âme américaine», a déclaré Franks au cours d'un entretien avec un blogueur progressiste. «Et pourtant, la moitié des enfants noirs sont avortés. Les politiques d'aujourd'hui dévastent une partie beaucoup plus importante de la communauté afro-américaine que ne l'ont fait les politiques liées à l'esclavage.»

Aussi bizarre ou répugnant que soit le raisonnement de Trent Franks, il fait partie du nouvel arsenal rhétorique des opposants de l'avortement aux États-Unis. Conservateurs blancs ou noirs invoquent de plus en plus souvent le taux d'avortement très élevé parmi les Afro-Américaines pour établir un lien entre les affres de l'esclavage et les interruptions de grossesse.

Certains d'entre eux vont même jusqu'à parler de génocide, comme les organisateurs d'une campagne à Atlanta, où ont été installés récemment 80 panneaux publicitaires géants sur lesquels apparaissent le visage d'un enfant noir et l'une des deux phrases suivantes : «Les enfants noirs sont une espèce menacée» et «Les femmes noires avortent leurs enfants trois fois plus que les femmes blanches». 

«Mon peuple se meurt», a déclaré Catherine Davis, de l'organisation Georgia Right to Life, lors d'un reportage diffusé lundi dernier dans le cadre du journal télévisé de la chaîne ABC. «Mon peuple se meurt, et personne ne s'en soucie. Et je veux que les gens voient ça. Y a-t-il du vrai dans ce que nous disons?» a-t-elle demandé en faisant référence aux panneaux publicitaires qui suscitent la controverse à Atlanta et attirent l'attention des médias nationaux.

Personne ne nie le nombre disproportionné d'avortements chez les Afro-Américaines. Dans l'État de Georgie, sur les 35 000 femmes qui se sont fait avorter en 2008, 21 000 étaient noires. Dans l'ensemble pays, 37% des avortements sont pratiqués parmi les membres de la communauté noire, qui représente 13% de la population américaine.

Il est cependant faux de dire que les enfants afro-américains forment une «espèce menacée». Dans un reportage https://www.nytimes.com/2010/02/27/us/27race.html?sq=abortion&st=cse&scp=2&pagewanted=print récent sur cette controverse, le New York Times faisait état, en fait, d'une hausse du taux de natalité au sein de la communauté noire.

Ce mélange de vérités et de faussetés caractérise le site Internet ( www.toomanyaborted.com ) créé par les organisateurs de la campagne publicitaire d'Atlanta. On y trouve notamment une attaque tendancieuse contre Margaret Sanger, fondatrice de l'association de planning familial Planned Parenthood, dont la plupart des cliniques se retrouvent dans des quartiers noirs. Selon les militants anti-avortement, les théories eugéniques auxquelles Sanger a souscrit dans les années 30 se traduisent aujourd'hui par ce taux d'avortement très élevé parmi les Afro-Américaines. Les défenseurs du droit des femmes à l'avortement ont une explication plus simple : les grossesses non désirées sont beaucoup plus nombreuses dans ce groupe que dans les autres.

Margaret Sanger est également une des cibles d'un nouveau documentaire intitulé Maafa 21 : Black Genocide in 21st Century America https://www.youtube.com/watch?v=zLnNi_qb7nY , qui établit le lien entre l'esclavage, l'eugénisme et l'avortement. Selon la thèse du film, la légalisation de l'avortement fait partie d'un complot ourdi par des eugénistes blancs, dont Sanger, une icône féministe, pour détruire l'Amérique noire.

Le documentaire, que le représentant républicain d'Arizona Trent Franks a montré à des collègues de Washington, circule dans les associations noires depuis sa sortie l'an dernier. Il met notamment en vedette Alveda King, nièce de Marti Luther King, qui dénonce «le racisme de l'avortement» après avoir elle-même subi deux IVG.

«Une majorité, peut-être aussi élevée que 75%, des cliniques d'avortement se situent dans des endroits à forte densité ethnique. Les apologistes de l'avortement diront que c'est parce qu'ils veulent servir les pauvres. Vous ne servez pas les pauvres, cependant, en prenant leur argent pour liquider leurs enfants», a écrit King l'an passé dans le Washington Times https://www.washingtontimes.com/news/2009/jul/20/the-abortionists-eye-is-on-us/ .

La communauté afro-américaine n'en est pas à son premier débat sur l'impact racial de l'avortement, certains leaders ayant déjà agité l'épouvantail du génocide. Mais les nouveaux moyens de communication, dont l'Internet, et la popularité des théories de conspiration, semblent avoir donné à ce débat une nouvelle intensité.

Ce qui est tout à fait nouveau, c'est le rôle de plusieurs Blancs, dont le représentant Trent Franks et le réalisateur de Maafa 21, Mark Crutcher, dans la diffusion de thèses reliant l'esclavage à l'avortement.




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