Barack Obama prononce mercredi son premier discours sur l'état de l'Union, alors que l'érosion de sa majorité contraint le président américain à repenser les priorités et le rythme de la suite de son mandat.

Tangi QUEMENER AGENCE FRANCE-PRESSE

M. Obama entame sa deuxième année au pouvoir dans une situation délicate: une élection partielle lui a fait perdre mardi la «super-majorité» démocrate au Sénat qui permettait d'éviter une obstruction des républicains, paralysant l'adoption d'une réforme de l'assurance maladie qui semblait à portée de main.

Avec ce changement de la donne au Congrès, le président risque de devoir tempérer ses ardeurs réformatrices, même s'il a promis vendredi lors d'un déplacement de «continuer à se battre» pour les Américains.

Le capital politique de M. Obama est entamé, 14 mois après son élection historique. Les derniers sondages montrent que son action ne recueille plus qu'une approbation marginale de ses compatriotes, qui sont même une forte majorité à désapprouver la façon dont il s'occupe des dossiers économiques.

La présidence a beau jeu d'expliquer que le chômage qui reste bloqué à un niveau très élevé de 10% résulte de la propagation de la crise financière à l'économie réelle, et que des années de dérégulation et d'avidité de Wall Street sont plus à critiquer que l'exécutif actuel.

Mais la colère des électeurs «est désormais dirigée vers nous parce que nous sommes au pouvoir, et c'est justifié», a concédé mercredi le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs.

Dès avant la défaite démocrate dans l'autrefois inexpugnable bastion du Massachusetts, M. Obama, qui a reconnu avoir «perdu le sens du contact direct avec les Américains sur leurs valeurs essentielles», semblait avoir trouvé un bouc émissaire: les «banquiers gras de Wall Street».

«Bonus obscènes», «orgie d'irresponsabilité», «si ces gars veulent se battre, je les attends»: le président a pris des accents populistes en annonçant différentes mesures destinées à limiter la capacité de nuisance des banques qu'il souhaite voir approuvées par le Congrès.

C'est face à ce même Congrès, sénateurs et représentants réunis, que M. Obama va s'adresser à partir de 21H00 pendant environ une heure lors du grand rendez-vous annuel de la politique américaine. Il s'agira aussi de prendre les Américains à témoin, alors que les critiques deviennent de plus en plus acérées.

«Il faut bien le dire, je suis tout près d'abandonner tout espoir quant à M. Obama, qui semble décidé à confirmer tous les doutes que moi-même et d'autres avaient sur sa capacité à se battre en faveur des convictions de ses partisans», a ainsi lâché jeudi sur son blog Paul Krugman, éditorialiste du New York Times et prix Nobel d'économie.

Pour reprendre pied, M. Obama va devoir énoncer mercredi soir «une défense passionnée de la réforme de l'assurance maladie, une description claire des problèmes économiques dont il a hérité des républicains, (dire) pourquoi il a pris les mesures qu'il a prises et ce qu'il a réussi, et comment il a l'intention de s'occuper des problèmes économiques qui perdurent», explique à l'AFP Thomas Mann, de l'institut Brookings.

«Ce discours va devoir être pour lui une remise à zéro des compteurs», renchérit Kareem Crayton, professeur de sciences politiques à l'université de Californie du sud, pour qui l'un des thèmes centraux sera l'emploi, «afin de regagner la faveur des Américains moyens».