Il y a cinq ans, la soldate Lynndie England a été au coeur du scandale de la prison d'Abou Ghraib. Des photos, la montrant triomphante sur une pyramide de prisonniers irakiens nus, ont valu aux États-Unis des critiques sévères. Aujourd'hui, celle que le chanteur Mick Jagger a rebaptisée «la fille avec la laisse» regrette-t-elle ses agissements? Pas vraiment, s'il faut en croire une entrevue accordée à la BBC.

Mis à jour le 14 août 2009
Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Dans un extrait de l'entretien diffusé hier sur le site de l'émission Newsnight, l'ex-réserviste estime que les humiliations qu'elle et ses collègues ont fait endurer aux détenus n'étaient pas inacceptables puisqu'elles avaient pour but de leur extirper d'importantes informations.

 

«En comparaison avec ce (que les Irakiens) nous auraient fait, c'est presque rien. Si vous y pensez, au même moment, (les Irakiens) coupaient la tête de nos gars. Ils brûlaient leurs corps. Les traînaient dans les rues de Badgad. Les pendaient à des ponts», affirme aujourd'hui Lynndie England.

Selon l'ex-militaire, les techniques utilisées pour «casser» les détenus d'Abou Ghraib, sont monnaie courante même en sol américain. «Tout le monde a passé à travers ce genre de tactiques d'humiliation pendant les camps d'entraînement de l'armée américaine», plaide celle qui est aujourd'hui mère d'un jeune garçon.

Depuis que les clichés montrant Lynndie England traînant des détenus en laisse ont été rendus publics par l'émission 60 Minutes en avril 2004, la vie de la jeune soldate a été complètement bouleversée: elle a été remerciée «avec déshonneur» de l'armée et a fait trois ans de prison après avoir été reconnue coupable de mauvais traitements, de complot et d'actes indécents. Mise en liberté en 2007, elle affirme recevoir fréquemment des menaces de mort.

Dans des entrevues précédentes accordées à d'autres médias, Lynndie England, qui avait 21 ans au moment de la prise des photos, a répété à maintes reprises n'avoir fait que ce qui lui a été ordonné par ses supérieurs. Or, si Mme England et six de ses pairs ont été reconnus coupables par la cour martiale de mauvais agissements, aucun membre de l'état-major n'a eu à répondre de ses actes.