Le président américain Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou ont exposé lundi au grand jour leurs divergences sur la paix au Proche-Orient et l'Iran, concédant le minimum pour ne pas compromettre une relation historique dès leur première entrevue.

Laurent Lozano AGENCE FRANCE-PRESSE

M. Nétanyahou a résisté aux appels de M. Obama en faveur de la création d'un Etat palestinien, tout en disant pouvoir envisager un «arrangement» dans lequel Israéliens et Palestiniens vivraient côte-à-côte. M. Obama, quant à lui, s'est montré déterminé à donner sa chance à la diplomatie avec l'Iran, malgré les inquiétudes israéliennes, tout en fixant à fin 2009 un début d'échéance pour juger du succès ou de l'échec de cette entreprise.

«Il est dans l'intérêt, je crois, non seulement des Palestiniens, mais aussi des Israéliens, des Etats-Unis et de la communauté internationale de parvenir à une solution à deux Etats», a dit M. Obama à l'occasion du premier face-à-face entre les deux hommes depuis qu'ils ont pris leurs fonctions.

M. Obama a affirmé qu'Israéliens et Palestiniens devaient «prendre au sérieux (leurs) obligations» au regard des accords passés. En particulier, «la colonisation doit cesser», a dit M. Obama.

M. Nétanyahou a dit partager la volonté de M. Obama de faire avancer la paix, et vouloir commencer des négociations avec les Palestiniens «immédiatement». Mais il s'est gardé d'endosser le terme d'Etat palestinien.

«Je veux dire clairement que nous ne voulons pas gouverner les Palestiniens», a-t-il assuré. Mais il a posé ses conditions: la sécurité d'Israël doit être garantie et les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme un Etat juif, une exigence rejetée par les Palestiniens.

Si ces conditions sont satisfaites, «je crois que nous pouvons envisager un arrangement dans lequel Palestiniens et Israéliens vivent côte-à-côte dans la dignité, la sécurité et la paix», a-t-il dit.

M. Nétanyahou a montré que le programme nucléaire iranien, dont Israël se croit la cible, était dans ses préoccupations au moins au même niveau que la paix avec les Palestiniens.

M. Nétanyahou s'inquiète que la diplomatie de la main tendue proposée par M. Obama ne laisse à l'Iran le temps de fabriquer la bombe atomique.

M. Obama a assuré à son hôte que la sécurité d'Israël, «en tant qu'Etat juif indépendant», était «d'une importance capitale» pour les Etats-Unis.

 «Selon moi, si nous commençons les discussions (avec l'Iran) bientôt, peu après les élections iraniennes, nous devrions avoir d'ici à la fin de l'année une assez bonne idée pour savoir s'ils vont dans la bonne direction», a-t-il dit. Mais, a-t-il ajouté, «nous n'allons pas discuter éternellement».

Et si l'Iran ne fait pas preuve de bonne volonté, il s'expose à des «sanctions internationales bien plus vigoureuses», a-t-il prévenu.

L'Autorité palestienne, dont M. Obama recevra le président Mahmoud Abbas le 28 mai, a jugé les propos de M. Obama «encourageants» et ceux de M. Nétanyahou «décevants».

En Israël, Zeev Boïm, député du parti d'opposition Kadima (centriste), a estimé que que M. Nétanyahou avait «échoué dans sa mission en manquant l'occasion de créer des liens de confiance avec le président américain». Pour Danny Danon, élu du Likoud de M. Nétanyahou, celui-ci a au contraire «résisté à toutes les pressions exercées sur lui avant son départ».

Le porte-parole de M. Obama, Robert Gibbs, a cependant réfuté que les entretiens de lundi aient été un coup pour rien: «Il y a beaucoup de chemin à parcourir. Mais le président croit que ces discussions ont constitué un bon début».