À quand un Barack Obama canadien? Mission impossible, répond le journaliste John Ibbitson, reporter du Globe and Mail. Dans son livre Open&Shut, il affirme que le système politique américain est beaucoup plus ouvert que le canadien, plus prudent et consensuel. Cela a permis selon lui l'élection du premier président noir de l'histoire des États-Unis. Son livre est un coup de gueule dans lequel il égratigne non seulement les politiciens canadiens, mais aussi le Québec et Montréal. Il estime que plusieurs villes canadiennes, dont la métropole québécoise, n'ont pas encore su freiner leur déclin alors que les villes américaines sont en pleine renaissance.

Alexandre Sirois LA PRESSE

Q: Il ne pourra jamais y avoir de Barack Obama au Canada, écrivez-vous, particulièrement en raison de la façon dont on choisit les chefs des partis canadiens. Vous déplorez le rôle que joue l'élite des partis dans cette sélection. Dans un monde parfait, quel système privilégieriez-vous?

 

R: Dans un monde parfait, nous prendrions les meilleurs éléments du système américain pour les inclure dans le système canadien, qui découle du modèle britannique. Ce qui permettrait à un grand nombre de Canadiens de participer au processus de sélection des chefs de parti, comme les républicains, les démocrates et les indépendants ont pu contribuer à la sélection de Barack Obama et de John McCain aux États-Unis.

Q: Politiquement, quel serait le résultat de ce changement?

R: Cela favoriserait notamment une plus grande ouverture du système politique canadien. Dans mon livre, je soutiens que, malgré tous ses défauts, le système américain est plus ouvert et en fin de compte plus démocratique. Le système canadien, pour sa part, est plus fermé, mieux disposé à l'égard des élites que de la population en général. Et il montre actuellement des signes alarmants de dégradation.

Q: Mais comme vous le dites, des leaders de l'extérieur ont malgré tout réussi à prendre la tête de partis politiques canadiens. Pierre Trudeau, Brian Mulroney et maintenant Michael Ignatieff. C'est donc possible?

R: Des chefs ont été introduits par des factions au sein même des partis, c'est vrai. Mais Barack Obama, lui, a pu devenir leader du Parti démocrate même si la famille Clinton avait la hiérarchie du parti au grand complet dans sa poche. Il a pu y entrer grâce au soutien de la base du parti, ce qui n'est pas possible au Canada.

Q: On vous sent presque jaloux. Voudriez-vous un Barack Obama au Canada?

R: Je pense que tous les Canadiens voudraient avoir un Barack Obama. Je le décris dans le livre comme le premier ministre canadien multiculturel que le Canada n'a jamais eu. C'est un politicien extraordinaire. À l'instar de la société américaine, notre société change. Nous devenons une société plus multiculturelle. Nous sommes une nation d'immigrés. Pourtant, nos politiciens sont des hommes vieux et blancs. Il y a un écart entre ce qu'est devenu notre pays et ses leaders. Et c'est en partie à cause de notre culture politique fermée. Les Américains peuvent s'adapter à la réalité changeante plus rapidement et plus facilement que nous.

Q: Parlons d'un aspect controversé de votre essai. Vous écrivez que, politiquement, la guerre civile a été «la meilleure chose qui pouvait arriver aux États-Unis». Vous semblez aussi regretter qu'il n'y en ait pas eu au Canada. Et vous dites que le «Québec, battu, aurait suivi l'exemple du Sud (aux États-Unis) et accepté de mauvaise grâce la définition anglaise du mythe canadien». Vous ne vous ferez pas beaucoup d'amis au Québec en suggérant quelque chose comme ça.

R: Le but de mon livre est de provoquer et de faire réfléchir. Je n'aurais jamais souhaité une guerre civile au Canada. La guerre civile a été une catastrophe pour les États-Unis. Mais elle a permis de résoudre une question, à savoir quels sont les pouvoirs et les rôles respectifs des États et du gouvernement fédéral. Le fait que nous n'ayons jamais résolu cette question au Canada a affaibli notre nation.

Q: Parlant de ne pas se faire d'amis, vous avez aussi écrit que Montréal «n'a pas encore renversé de façon convaincante la génération de déclin qui a débuté avec l'arrivée des séparatistes en 1976». Je ne connais pas beaucoup de Montréalais qui seraient d'accord avec vous.

R: Lorsque j'étais chroniqueur politique, j'aimais me rendre à Montréal aussi souvent que possible. Il y a sans aucun doute des signes de renouveau et de vie à Montréal qui sont très encourageants. Pourtant, il est vrai et indiscutable que Montréal était jadis la première ville de la nation, mais elle a perdu son statut. Peut-être que ça date d'avant l'arrivée du Parti québécois. Et par rapport aux autres villes canadiennes comme Vancouver, Edmonton et très certainement Toronto, Montréal doit se débattre pour préserver sa position d'influence sur les plans culturel et financier.

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