Aux États-Unis, où deux millions de mineurs sont arrêtés chaque année, chercheurs, juristes et associations comptent sur Barack Obama pour privilégier les alternatives à la prison, car l'incarcération plonge les jeunes dans un «cercle vicieux» de la délinquance.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Même si un environnement socialement défavorisé augmente le risque, nous produisons des jeunes gens dangereux en les enfermant», résume David Altschuler, criminologiste à l'université John Hopkins de Baltimore (Maryland, est), lors d'une conférence à Washington sur les liens entre le système américain de justice pour mineurs et la pauvreté. Près de 93 000 des 31 millions de jeunes Américains âgés de 15 et 18 ans sont aujourd'hui incarcérés dans 591 prisons privées et publiques. L'écrasante majorité est issue de milieux sociaux démunis. Parmi eux, les jeunes Noirs ont cinq fois plus de chances d'atterrir en prison pour le même délit qu'un Blanc.

«Notre société ne veut pas s'occuper de ces jeunes, alors on les laisse entre les mains du système judiciaire dont ce n'est pas le rôle», déplore Peter Edelman, professeur de droit à Georgetown University, à Washington, interrogé par l'AFP.

Pour lui, contrairement à la pratique qui veut qu'un jeune sur cinq passé en jugement passe la nuit suivante en cellule, «la détention ne convient qu'à une minorité, un petit nombre dangereux».

D'autant plus, argumente David Altschuler, qu'après une période de prison commence «le cercle vicieux» de la délinquance, car ni les jeunes déjà en délicatesse avec le système scolaire, ni leurs familles, ne sont préparés à la sortie. Déscolarisés, ils ont moins de chances de trouver un emploi, du moins un emploi stable, et sont bien plus touchés par l'alcoolisme ou les maladies mentales que la moyenne de leur génération.

Ce constat est pire encore pour les quelque 200 000 mineurs arrêtés qui sont dirigés vers la justice traditionnelle.

Treize États américains traitent les 17 ans et plus comme des majeurs et dans beaucoup d'autres, les procureurs ont la possibilité d'incarcérer des jeunes en attente de procès dans des prisons pour adultes, ou de les renvoyer devant une juridiction pour adultes.

Au total, selon la «Campagne pour la justice des mineurs», une association dédiée à lutter contre ce phénomène, «2 000 jeunes par jour sont enfermés dans des prisons d'adultes». Or, a indiqué Neelum Arya, directrice de cette organisation lors de la même conférence à Washington, les quelque 200 000 jeunes renvoyés dans ce système ont «neuf fois plus de chances de recevoir une peine d'adulte» et la récidive est bien plus fréquente.

Accablés par ce constat «déprimant», les acteurs de la justice des mineurs, associatifs, éducateurs, avocats, juristes, qui tentent à tout prix d'éviter les incarcérations, ont mis en place depuis une quinzaine d'années des centaines de projets alternatifs à la prison, dont certains ont prouvé leur efficacité.

L'amélioration voire la construction de nouveaux bâtiments carcéraux, plus adaptés au jeune âge de leurs occupants, c'est-à-dire le plus souvent plus petits, sont également à ranger parmi les options envisagées.

«Nous avons les outils maintenant. Si la nouvelle administration ne les utilise pas, elle n'aura aucune excuse», prévient Mark Soler, directeur du Centre pour le droit des enfants.

Quatre sénateurs, dont un républicain, ont déposé cette semaine une proposition de loi afin d'«augmenter les subventions fédérales pour la prévention, les programmes d'aides et de traitements afin de réduire les conséquences de la délinquance des mineurs».