Hillary Clinton s'envolait dimanche pour une tournée en Asie, son premier déplacement en tant que cheffe de la diplomatie américaine, avec pour objectif de rassurer les alliés des États-Unis sur les positions de l'administration Obama, concernant notamment la Corée du Nord, et d'engager un dialogue constructif avec la Chine.

Mis à jour le 15 févr. 2009
ASSOCIATED PRESS

En se rendant successivement au Japon, en Indonésie, en Corée du Sud et en Chine, Mme Clinton rompt avec la tradition, qui voulait qu'un nouveau secrétaire d'État américain se rende d'abord en Europe ou au Proche-Orient. «Il est important de signaler que nous avons l'intention d'avoir des relations plus larges et plus approfondies non seulement avec les pays auxquels je vais rendre visite mais aussi avec toutes les nations d'Asie et du Pacifique», a-t-elle confié à des journalistes lors d'un briefing précédant son voyage.

S'exprimant vendredi à la tribune de l'Asia Society, à New York, elle a dit vouloir «un engagement plus rigoureux et plus persistant» avec la région asiatique. Au cours de chacune de ses escales, elle compte ainsi évoquer les questions de dimension mondiale, à commencer par la crise financière internationale et le changement climatique.

Les efforts destinés à convaincre la Corée du Nord de renoncer à son programme d'armement nucléaire seront au coeur de ses entretiens à Tokyo, Séoul et Pékin, où l'on s'inquiète des nouvelles tentatives d'intimidation de Pyongyang.

La secrétaire d'État prévoit d'aborder la question des droits de l'homme en Chine mais aussi en Indonésie, où le président Barack Obama a passé une partie de son enfance et où il envisage de ce rendre dès que possible. Parmi les autres points à l'ordre du jour de ce déplacement figurent l'énergie propre, le crime organisé, le trafic d'êtres humains et la menace de maladies pandémiques comme la grippe aviaire.

Si les conseillers du président Obama en charge de la sécurité nationale s'emploient à réexaminer les différents aspects de la politique étrangère des États-Unis, les interlocuteurs de Mme Clinton ne devraient pas constater de changements majeurs par rapport à l'administration Bush. Tout au plus de nouvelles priorités.

L'équipe du nouveau chef de la Maison-Blanche souhaite construire une relation plus profonde avec la Chine, tout en gardant un oeil sur l'économie et sur les émissions chinoises de gaz à effet de serre. Dans le même temps, l'administration Obama veut renforcer ses alliances traditionnelles avec le Japon et la Corée du Sud, où sont stationnées des milliers de soldats américains.

Au Japon, Hillary Clinton compte signer un accord prévoyant de délocaliser sur l'île de Guam quelque 8 000 Marines aujourd'hui basés à Okinawa, le gouvernement nippon devant contribuer financièrement aux autres réaffectations de troupes américaines.

En Indonésie, elle doit annoncer un renouvellement de la relation entre Washington et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), groupement régional qui s'est souvent senti négligé par l'administration Bush.

Pour ce déplacement, Mme Clinton est accompagnée de Todd Stern, son représentant spécial pour les questions liées au changement climatique. Cet ancien conseiller du président Bill Clinton, pour lequel il avait travaillé comme négociateur américain des accords de Kyoto, est tout particulièrement attendue en Chine.

«Il est clair que les États-Unis vont mettre l'accent sur le climat dans leur relation globale avec la Chine», analyse Michael Green, ancien responsable du Conseil de sécurité nationale.

Mais il sera aussi et surtout question de la crise financière au cours de cette tournée, particulièrement au Japon et en Chine. Pékin a investi des milliards de dollars dans les marchés américains et le rebond de l'économie des États-Unis dépendra en partie de l'ouverture dont fera preuve la Chine à l'égard des importations américaines.

«Ce que nous voulons des Chinois à ce stade, c'est l'assurance qu'ils poursuivront l'ouverture de leurs marchés et que le commerce continuera à progresser», résume Elizabeth Economy, chercheuse au Conseil des relations étrangères (CFR).