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La Russie accusée de fournir des armes aux séparatistes ukrainiens

À Marioupol, des citoyens ont mis le feu... (Photo Evgeniy Maloletka, AP)

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À Marioupol, des citoyens ont mis le feu à des blindés de l'armée, vendredi.

Photo Evgeniy Maloletka, AP

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Béatrice LE BOHEC, Luc PERROT, Anna MALPAS
Agence France-Presse
Kiev, Moscou, Donetsk

Les Occidentaux ont accusé la Russie d'agir en sous-main pour soutenir l'insurrection armée prorusse dans l'est de l'Ukraine en lui envoyant des armes, tandis que Kiev se prépare à une coupure lundi de gaz russe redoutée par les Européens, faute d'accord sur sa dette avec Moscou.

Les États-Unis ont affirmé vendredi que la Russie avait fourni aux insurgés prorusses dans l'est de l'Ukraine des chars et des lance-roquettes, du matériel qui a franchi ces derniers jours la frontière entre les deux pays.

Et le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, s'est déclaré vendredi préoccupé par les informations selon lesquelles les groupes prorusses en Ukraine s'équipaient d'«armes lourdes en provenance de Russie, y compris des tanks». «Si ces informations étaient confirmées, cela marquerait une sérieuse escalade de la crise dans l'est de l'Ukraine», a-t-il ajouté.

De son côté, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a demandé à la Russie d'entamer un processus de désescalade, aider à désarmer les rebelles prorusses et stopper le flot d'armes et de combattants entrant en Ukraine, dans un entretien téléphonique vendredi avec le président russe Vladimir Poutine.

La présidence ukrainienne avait affirmé jeudi que des «rebelles dans l'Est» avaient «utilisé pour la première fois des chars» ayant «fait incursion depuis la Russie».

«La Russie va rétorquer que ces chars ont été pris aux forces ukrainiennes, mais aucune unité de tanks ukrainiens n'opère dans cette zone. Nous sommes persuadés que ces chars viennent de Russie», a accusé la porte-parole du département d'État américain, Marie Harf, vendredi dans un communiqué.

«Des négociateurs ukrainiens et russes se retrouveront ce week-end à Kiev pour discuter de la mise en oeuvre du plan de paix», a encore dit Mme Harf. «Nous appelons la Russie à en profiter pour faire montre de son engagement envers la paix et pour stopper le flux de combattants et d'armes qui franchissent la frontière», a-t-elle plaidé.

Mais si «la Russie ne parvient pas à faire baisser la tension, il y aura un prix supplémentaire» à payer, a prévenu la responsable américaine. Washington utilise depuis des mois cette formule en référence aux sanctions prises contre Moscou pour ses agissements en Ukraine.

Le gouvernement de Kiev a annoncé vendredi se préparer à une coupure lundi de gaz russe redoutée par les Européens, faute d'accord sur sa dette avec Moscou.

Les négociations sur le volet énergétique du bras de fer entre Kiev et Moscou sont dans l'impasse depuis le refus cette semaine de l'Ukraine d'accepter les conditions posées par la Russie et Kiev a implicitement confirmé vendredi camper sur ses positions.

«J'ai chargé les ministères concernés de se préparer dès lundi à la coupure du gaz fourni par la Russie», a déclaré le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk. Le géant semi-public russe Gazprom a fixé à lundi la date limite pour le remboursement d'une dette de près de deux milliards de dollars par l'Ukraine.

M. Iatseniouk a également demandé au ministère de la Justice de «finaliser la préparation» du dossier pour «défendre les intérêts de l'Ukraine dans les relations entre Naftogaz (groupe public ukrainien) et Gazprom devant la Cour d'arbitrage de Stockholm».

Le patron de Naftogaz, Andriï Kobolev, a dit se préparer «au pire scénario», comme pendant la précédente crise gazière en 2009 avec Moscou qui a fortement perturbé les approvisionnements en Europe.

Le Kremlin a laissé planer un doute sur le sort des négociations, son porte-parole indiquant ne «pas avoir d'informations» sur la reprise ou non de discussions, après l'échec des pourparlers mercredi à Bruxelles sous l'égide de l'Union européenne.

En l'absence de remboursement de l'Ukraine, il est envisagé de passer à un système de pré-paiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement et perturber les livraisons de gaz russe à l'Union européenne dont près de la moitié transitent par l'Ukraine.

Drapeau ukrainien à Marioupol 

Sur le front de l'insurrection armée prorusse dans l'Est, Kiev a annoncé que les forces gouvernementales avaient remporté une victoire à Marioupol, un port stratégique de près de 500 000 habitants dans la région de Donetsk.

Après des combats à l'aube, les troupes régulières ont, selon la même source, fini par s'emparer de cette ville des rives de la mer d'Azov.

«Grâce à l'héroïsme des militaires ukrainiens, la situation a été stabilisée à Marioupol», a déclaré le président ukrainien Petro Porochenko, cité sur le site internet de la présidence. Il a indiqué que Marioupol deviendrait provisoirement la capitale administrative de la région de Donetsk et que le siège de l'administration régionale y serait installé.

Un drapeau ukrainien flottait sur la mairie de Marioupol vendredi, s'est félicité le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov.

L'armée ukrainienne effectue depuis deux mois, jour pour jour, une opération pour mater l'insurrection armée prorusse dans l'est de l'Ukraine qui a déjà fait 270 morts.

Le ministère ukrainien de la Défense a par ailleurs fait état vendredi de «combats acharnés», la veille, près de la frontière avec la Russie, à proximité des localités de Snijné et de Stepanivka, dans la région de Donetsk.

Le Kremlin a assuré que deux blindés ukrainiens avaient franchi la frontière avec la Russie et qu'ils avaient été interceptés par les garde-frontières.

Pour éviter tout incident de ce type, un gouverneur milliardaire ukrainien a proposé la construction d'un mur de 2000 km avec des barbelés à la frontière avec la Russie.

Igor Kolomoïski, quatrième fortune d'Ukraine avec 1,8 milliard de dollars, considère qu'une telle protection est nécessaire «pour éviter toute incursion du côté de l'État russe qui mène une politique agressive envers l'Ukraine».




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