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Semaine décisive pour l'Ukraine

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Une femme tient une pancarte demandant la protection des enfants lors d'une manifestation prorusse, dimanche à Donetsk.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Olga NEDBAEVA
Agence France-Presse
Kiev

Une semaine décisive s'ouvre pour l'Ukraine menacée de coupure du gaz russe en pleine anarchie dans l'Est séparatiste prorusse et dont le président élu Petro Porochenko doit rencontrer Barack Obama et peut-être Vladimir Poutine en marge de célébrations internationales.

Des négociations de dernière minute sont prévues lundi à Bruxelles alors que l'Ukraine est confrontée au risque d'une coupure du gaz russe dès mardi, qui pourrait perturber les approvisionnements des pays européens.

Le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a promis dimanche que l'Ukraine paierait sous dix jours sa dette gazière à la Russie, si les deux pays arrivaient à se mettre d'accord lundi sur les termes d'un nouveau contrat.

Les discussions porteront sur le prix du gaz, fixé à un niveau sans équivalent en Europe depuis l'arrivée au pouvoir des pro-occidentaux et que les autorités ukrainiennes refusent catégoriquement.

«Si la Russie ne veut pas de ce nouveau contrat, nous nous reverrons devant un tribunal à Stockholm», a lancé M. Iatseniouk interrogé par la chaîne allemande ZDF.

Lors de négociations vendredi à Berlin, Kiev a fait un geste en annonçant le règlement d'une partie de sa dette (786 millions de dollars sur 3,5 milliards).

Premiers contacts internationaux de Porochenko 

Élu le 25 mai avec plus de 54 % des voix, le milliardaire prooccidental Petro Porochenko doit même avant son investiture samedi faire connaissance avec plusieurs leaders internationaux.

Il rencontre mercredi en Pologne le président américain Barack Obama dont le soutien est crucial pour le pays au bord de la guerre civile avant s'assister aux cérémonies du Débarquement en Normandie sur l'invitation de François Hollande, tout comme Vladimir Poutine.

Entre temps, jeudi, les leaders des puissances du G7 se retrouvent à Bruxelles pour un sommet qui remplace celui du G8 prévu avec et en Russie le même jour, annulé à cause de la crise ukrainienne.

«Ces rencontres sont très importantes pour établir des contacts directs avec les dirigeants internationaux en premier lieu Barack Obama. L'Ukraine doit formuler sa stratégique dans l'Est et voir comment les États-Unis peuvet l'aider», a souligné dimanche le politologue ukrainien indépendant Volodymyr Fessenko.

«Une rencontre avec Vladimir Poutine n'est pas exclue. Il serait important de comprendre quelles concessions il est prêt à accepter», poursuit l'expert.

M. Porochenko, s'il a affirmé vouloir dialoguer avec Moscou, a aussi promis de ne jamais laisser les insurgés, qu'il appelle «les terroristes», transformer la région rebelle en «Somalie», pays en proie à la guerre civile depuis plus de vingt ans.

La Russie qui rejette les accusations sur son implication dans la déstabilisation de l'Ukraine exige que Kiev cesse son «opération punitive» dans l'Est qui a fait près de 200 morts - soldats, rebelles, civils - depuis son lancement le 13 avril.

Mais si l'OTAN a estimé que la Russie avait déjà retiré les deux tiers de ses troupes de la frontière ukrainienne, Kiev dénonce la présence de citoyens russes parmi les insurgés et leur équipement en armes, y compris lourdes, russes.

Les garde-frontières ont annoncé dimanche avoir arrêté un Russe de 38 ans, ancien participant de la campagne russe en Tchétchénie, qui venait combattre auprès des séparatistes dans la région de Lougansk.

La question pourrait être évoquée dès lundi lors d'une session du conseil Russie-OTAN à Bruxelles, la première depuis le rattachement en mars de la péninsule ukrainienne de la Crimée à la Russie qui a déclenché un conflit entre Moscou et les Occidentaux inédit depuis la fin de la guerre froide.

Washington s'est inquiété ces derniers jours de l'arrivée d'hommes armés de Tchétchénie, une république à majorité musulmane du Caucase russe.

Donetsk ville fantôme 

Les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir gagné du terrain face aux insurgés, mais sur le terrain, les combats sont nombreux et de plus en plus violents et l'anarchie s'est emparée d'une grande partie de la région et Donetsk, cetre régional d'environ un million d'habitants.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a indiqué dimanche être sans nouvelle de ses deux équipes déployées dans la région en vue d'une pacification et portées disparues: l'une depuis lundi dans la région de Donetsk et l'autre depuis jeudi dans celle de Lougansk, soit au total huit observateurs.

«Nous sommes confiants dans le fait qu'ils sont en bonne forme et qu'on ne leur a pas fait de mal», a déclaré Michael Bociurkiw dimanche au cours d'une conférence de presse, qui a assuré de nombreux contacts étaient en cours pour obtenir leur libération.

Sur le terrain la situation ne cesse de se dégrader après les combats particulièrement meurtriers du début de la semaine autour de l'aéroport international de Donetsk qui ont fait une quarantaine de morts, principalement des combattants tchétchènes.

À l'aéroport, qui reste inaccessible, l'armée ukrainienne a indiqué avoir repoussé deux attaques des insurgés samedi.

Donetsk ressemble de plus en plus à une ville fantôme avec ses avenues désertes et les barrages qui se multiplient à l'intérieur même de la ville, selon des journalistes de l'AFP.

«Le bonheur c'est quand on ne te tire pas dessus», résume ainsi l'hebdomadaire Dzerkalo Tyjnia en ajoutant que les habitants ont retenu trois leçons principales: «ne pas sortir sans urgence», «se tenir à l'écart des gens armés» et parler le moins possible pour ne pas s'attirer d'ennuis.

Un activiste est assis près de pneus qui... (PHOTO VALENTYN OGIRENKO, REUTERS) - image 2.0

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Un activiste est assis près de pneus qui sont brûlés sur la place de l'Indépendance, samedi à Kiev.

PHOTO VALENTYN OGIRENKO, REUTERS

Les irréductibles du Maïdan s'accrochent à leurs barricades

KIEV - Est-il temps pour le Maïdan de démonter les barricades? Après la présidentielle, les voix se multiplient pour rendre la place centrale de Kiev à la vie normale, mais le noyau dur de ses occupants veut au contraire sanctuariser ce symbole de la contestation en Ukraine.

Devant sa tente plantée à même le bitume, Dmytro a pris sa décision: «Cela n'a aucun sens que cette tente reste ici». Avec plusieurs de ses compagnons en treillis, le jeune volontaire des «forces d'autodéfense» du Maïdan prépare ses affaires pour se rendre dans la région de Donetsk et combattre contre les insurgés prorusses.

Trois mois après la chute du président Viktor Ianoukovitch dans un bain de sang, le campement des contestataires et leurs barricades, montées au fil des semaines de confrontation avec les forces de l'ordre pendant l'hiver, continuent de bloquer la place de l'Indépendance et une partie du boulevard Krechtchatik qui la traverse.

Mais le Maïdan des grandes heures du mouvement proeuropéen, animé par une foule assistant à des rencontres, concerts ou prières, est méconnaissable.

Certaines tentes sont laissées à l'abandon. Les barricades de pneus ou de planches sont en piteux état. La scène où se produisaient les leaders de l'opposition reste désormais désespérément vide et le bitume du boulevard qui traverse la place reste bien parsemé, traversé par des habitants pressés et quelques touristes.

Les lieux ont été gagnés par une atmosphère sinistre, avec les photos des morts du Maïdan parfois entourées de fleurs fanées ou encore les miliciens des forces d'autodéfense qui errent l'air fatigué, parfois ivres, dans leur treillis.

«C'est devenu sale et moche», tranche Valentina, une habitante de Kiev, qui s'abrite d'une des fréquentes averses estivales sous un large parapluie. «Quand je vais au travail, je vois ces gens ivres qui ont probablement bu toute la nuit et qui lavent leur linge. Ce n'est pas bien.»

Certains automobilistes s'agacent aussi de voir la circulation du large boulevard Krechtchatik bloquée, entraînant des bouchons dans le centre de Kiev.

Klitschko hué

Après l'élection présidentielle du 25 mai, remportée par le milliardaire prooccidental Petro Porochenko, Vitali Klitschko, élu maire de la capitale le même jour, a sifflé la fin de la partie.

«Le Maïdan a rempli son objectif clé, nous nous sommes débarrassés du dictateur», a estimé l'ancien champion de boxe. «Les barricades ont joué leur rôle et doivent être démantelées. Kiev doit revenir à la vie normale».

Hué sur la scène de la place dimanche, le nouveau maire a fait marche arrière et affirmé avoir «toujours été contre» une dispersion. «On déforme mes propos», a-t-il assuré, alors que des «Honte!» ou «Va-t'en!» fusaient dans la foule.

Car pour ceux qui se sont mobilisés jour et nuit tout l'hiver par des températures glaciales, la page est difficile à tourner.

«Le Maïdan ne dérange personne. Les séparatistes constituent un problème plus préoccupant», balaie Vladyslav, un passant actif pendant la contestation.

Pour le jeune homme, la place doit rester occupée pour pousser le nouveau pouvoir à «avancer plus vite vers les réformes».

Ces derniers jours, les leaders des irréductibles du Maïdan ont commencé à démonter certaines tentes délaissées et à déloger certains de ses occupants, trop souvent saouls ou plus à la recherche de ravitaillement gratuit et d'un abri que d'idéaux.

Pas question en revanche de quitter complètement la place, devenue lieu de pèlerinage et d'hommage à la centaine de manifestants qui y sont morts fin février et symbole du pouvoir du peuple face aux autorités.

Selon l'agence publique UkrInform, les principales organisations qui contrôlent le Maïdan ont publié un «manifeste»: avant de partir, elles réclament que soient punis les responsables de l'ancien régime et de la répression policière, ou encore que soient adoptés des changements constitutionnels.

Et pour la suite, des idées commencent à émerger: musée de la contestation, centre dédié aux initiatives citoyennes...

«Nous voulons changer le système, mettre fin à la corruption», explique Nazar, membre de l'une des «brigades» du Maïdan, casquette militaire sur la tête. «C'est ce pour quoi nous sommes venus. Maintenant Klitschko dit que nous sommes venus renverser Ianoukovitch et qu'on n'a plus de besoin de nous. Pas question!»




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