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La Russie a perdu contact avec la réalité, dit John Baird

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Mike Blanchfield
La Presse Canadienne
Ottawa

Le Kremlin a perdu contact avec la réalité en accusant les pays occidentaux de manigancer pour prendre le contrôle de l'Ukraine, a affirmé vendredi le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird.

M. Baird a poursuivi la guerre de mots avec la Russie lors de sa visite en Lettonie, dernière étape de sa tournée de plusieurs pays d'Europe de l'Est visant à exprimer la solidarité du Canada avec certains voisins inquiets de la Russie, qui sont aussi ses partenaires de l'OTAN.

Le ministre des Affaires étrangères a déclaré que la Russie ferait face à de nouvelles sanctions qui l'isoleront davantage si elle ne met pas fin à ses gestes de provocation dans l'est de l'Ukraine, où des hommes armés prorusses exercent leur autorité après l'annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée, le mois dernier.

«Il ne fait aucun doute que la Russie continue de renforcer sa machine de propagande tout en accusant l'Occident d'une sorte de complot pour contrôler l'Ukraine», a dit M. Baird. «De telles déclarations ridicules ne font que montrer à quel point les leaders du Kremlin sont déconnectés de la réalité.»

Il répondait à des commentaires faits quelques heures plus tôt par son homologue russe, Sergueï Lavrov, qui a accusé les pays occidentaux de vouloir prendre le contrôle de l'Ukraine pour promouvoir leurs propres ambitions politiques.

«L'Occident veut - et c'est ainsi que tout cela a commencé - prendre le contrôle de l'Ukraine à cause de ses propres ambitions politiques, et non dans l'intérêt du peuple ukrainien», a déclaré M. Lavrov à Moscou, vendredi.

M. Baird a indiqué que freiner les actions dangereuses de la Russie restait une priorité pour le «monde libre». Il a accusé la Russie d'avoir rompu l'accord conclu la semaine dernière à Genève afin d'apaiser la crise.

«La Russie n'a posé aucun geste concret pour respecter les engagements pris à Genève. Cela vient d'un homme qui pense avoir l'autorité ou le devoir d'étendre son empire et de redessiner les frontières de l'Europe. Au 21e siècle, cela ne sera pas toléré», a affirmé M. Baird en référence au président russe Vladimir Poutine.

Le ministre canadien a déclaré que la communauté internationale avait réussi à isoler la Russie politiquement et économiquement. Selon lui, il y a eu «une énorme fuite de capitaux de la capitale du pays», de même qu'une instabilité de la monnaie russe, le rouble, et de son marché boursier.

L'agence d'évaluation Standard & Poor's a abaissé vendredi la note de solvabilité de la Russie, la faisant passer à «BBB-» tout en maintenant sa perspective négative parce que les investisseurs retirent leur argent du pays.

«La Fédération de Russie devrait savoir que nous sommes prêts à renforcer nos sanctions contre le régime et à l'isoler davantage à tout moment», a ajouté John Baird. «Si la Russie veut se joindre à la communauté internationale, elle doit rappeler ses provocateurs (...) et retirer ses forces d'une position de confrontation.»

M. Baird a eu plusieurs rencontres avec son homologue russe depuis qu'il est devenu ministre des Affaires étrangères, il y a près de trois ans, mais il a refusé de spéculer sur la possibilité que les accusations de M. Lavrov au sujet de la conspiration des pays occidentaux diminuent les chances de trouver une solution diplomatique à la crise.

«Une solution politique et diplomatique est préférable», a estimé M. Baird, tout en ajoutant que le Canada continuerait d'adresser des messages «énergiques» à la Russie.

Le premier ministre Stephen Harper a aussi réitéré ses craintes à l'égard des gestes de Moscou, lors d'une séance de questions et réponses avec les chambres de commerce du Grand Kitchener-Waterloo et de Cambridge, en Ontario.

«Il s'agit véritablement de la première fois depuis les années 1930, depuis les événements ayant mené à la Deuxième Guerre mondiale, que nous voyons une puissance mondiale signifier qu'elle a le droit - pour des raisons ethniques, essentiellement, mais aussi d'autres raisons - de s'emparer et de prendre le contrôle essentiellement d'un territoire adjacent», a soutenu M. Harper.

«Dans un cas comme celui-ci, en dépit de certaines conséquences économiques à court terme pour nous de même que pour les Russes, nous ne pouvons simplement pas ignorer une telle situation. C'est très menaçant, et l'homme qui en est responsable contrôle une très vaste opération de sécurité qui représente potentiellement une menace considérable dans la région et ailleurs dans le monde», a-t-il poursuivi.

Le président des États-Unis, Barack Obama, s'est dit «profondément encouragé», vendredi, par la condamnation persistante des actions de la Russie en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

M. Obama a lui aussi affirmé que la Russie n'avait pas respecté les engagements pris à Genève. Il a indiqué que les pays européens et les États-Unis travaillaient sur de nouvelles sanctions si les forces russes décidaient d'entrer en Ukraine. «Nous continuerons de garder des flèches dans notre carquois dans l'éventualité d'une nouvelle détérioration», a-t-il dit.




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