Crimée: les soldats ukrainiens essuient des tirs de sommation

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Des soldats russes arrivent à l'aéroport de Belbek, le 4 mars.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

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Michel MOUTOT
Agence France-Presse
BELBEK, Crimée

Avec quatre bureaux renversés, six sacs de sable et quelques pierres de taille, ils ont construit une pauvre barricade pour interdire aux forces russes l'accès à leur dortoir sur la base aérienne de Belbek, en Crimée.

Les soldats ukrainiens y sont depuis deux jours partiellement encerclés par des soldats qui, s'ils ne portent pas d'insignes distinctifs, ne font pas mystère de leur appartenance aux forces russes.

«Nous avons édifié cette barricade ce matin», confie sans rire un sous-officier qui ne veut pas révéler son identité, «afin de nous protéger de toute menace venant de l'extérieur».

Si l'accès nord de la base, qui mène directement aux pistes d'envol, aux bunkers protégeant les avions et aux hangars, est interdit par un barrage de civils pro-russes en uniformes dépareillés et par un camion de transport de troupes garé en travers de la route, le portail donnant dans le village de Belbek est resté aux mains des soldats de Kiev.

Entre deux drapeaux jaune et bleu de l'Ukraine, une affiche collée sur la grille proclame «Non à la guerre». Une autre, en papier trempé par une petite pluie fine : «Les aviateurs de Sébastopol demandent le règlement pacifique de tous les problèmes». Les deux battants sont fermés par une chaîne et un cadenas qui n'arrêteraient pas un voleur de bicyclette. L'accès est vaguement gardé par trois soldats, arme à la bretelle, dont deux n'ont pas engagé le chargeur dans leur kalachnikov.

Une position de tir derrière des sacs de sable est déserte. Pas un homme en position de combat, pas un tireur prêt à faire feu, pas un doigt sur une gâchette. Les militaires en treillis et chapkas errent entre bâtiments administratifs et dortoirs, mains dans les poches, répondant de bonne grâce aux questions des journalistes venus du monde entier.



Tirs de semonce

Mardi matin, ils ont tenté, drapeau en tête, en uniformes, mais en prenant soin de laisser les armes aux râteliers, de monter sur la colline en direction des pistes. «Là, nous sommes tombés sur des soldats non identifiés qui nous ont dit "Stop, n'allez pas plus loin"» raconte un officier de trente ans qui n'accepte de révéler que son prénom, Alexandre.

«Ils ont tiré en l'air. Nous sommes sur notre territoire, nous défendons notre État, alors nous avons avancé de cinquante mètres. Là, ils ont crié : "Arrêtez! Nous avons ordre de tirer dans les jambes". Alors on s'est arrêté et notre commandant est allé négocier».

Des tractations ont eu lieu puis les soldats fidèles à Kiev ont rebroussé chemin, revenant vers les cantonnements où des civils, dont de nombreuses femmes, les attendaient pour les applaudir et les féliciter.

Nina Tatarinsova, 55 ans, est l'une d'elles. Sous son parapluie rose assorti à son rouge à lèvres, elle confie : «nous sommes venues soutenir ces jeunes qui se retrouvent dans cette terrible situation».

«Nous vivons ensemble ici, Russes et Ukrainiens et maintenant c'est si compliqué qu'on ne comprend plus rien», déplore-t-elle. «Je suis la femme d'un ancien militaire qui a passé vingt-huit ans dans cette base. Il a tout donné pour elle. Pourquoi de jeunes Russes se retrouvent-ils face à nos jeunes, tout le monde armé à attendre un drame? C'est absurde.»

Pour le sous-officier Alexandre, une chose est certaine : il n'est pas question d'engager le combat face aux forces de Moscou ou de faire quoi que ce soit qui pourrait mettre le feu aux poudres. «Il va falloir être patients, nous allons rester là et attendre. Mourir s'il le faut. Cela fait deux nuits que nous n'allumons plus les lumières», dit-il. «Si un seul coup de feu est tiré, il sera impossible de prouver que ce n'est pas nous. Cela serait considéré comme une agression contre la population russe de la région et cela provoquerait une action militaire».

Dans les champs d'amandiers entourant la base, à quelques kilomètres de là, des soldats russes équipés pour le combat, cagoules sur la tête, continuent leurs rondes.




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