Breivik raconte la tuerie d'Utoya

«Je ne suis pas un cas psychiatrique et... (Photo: Heiko Junge, AP)

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«Je ne suis pas un cas psychiatrique et je suis pénalement responsable», a assuré Anders Behring Breivik pour qui un diagnostic psychiatrique le déclarant irresponsable viendrait invalider son manifeste idéologique de 1500 pages diffusé le jour des attaques.

Photo: Heiko Junge, AP

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Tuerie en Norvège

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Tuerie en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

Pierre-Henry Deshayes
Agence France-Presse
Oslo

«J'ai levé mon arme et je lui ai tiré dans la tête». Imperturbable, ne trahissant pas la moindre émotion, Anders Behring Breivik a relaté vendredi avec ses propres mots la tuerie d'Utoya où 69 personnes, surtout des adolescents, ont perdu la vie le 22 juillet 2011.

En débarquant du ferry Thorbjoern qui fait la navette entre le continent et la petite île idyllique posée sur un lac, à une quarantaine de kilomètres d'Oslo, Breivik dit avoir beaucoup hésité.

La bombe qu'il a auparavant déposée dans le quartier des ministères à Oslo a bien explosé, mais la tour abritant le siège du premier ministre ne s'est pas écroulée et, aux dernières nouvelles, seule une personne est morte. On ne sait alors pas encore que l'attentat a coûté la vie à huit personnes.

Sur Utoya, où est organisé le camp d'été annuel de la jeunesse travailliste, l'extrémiste de droite, déguisé en policier, est rejoint par un vigile et la matriarche des lieux, «mère Utoya».

Il leur dit avoir été envoyé là par précaution, après l'attentat d'Oslo, mais ses interlocuteurs se montrent soupçonneux.

«J'étais presque terrorisé. J'appréhendais vraiment. Je n'avais vraiment pas envie de le faire», affirme Breivik au cinquième jour de son procès. «Tout mon corps résistait. Ma tête disait: "ne le fais pas"».

Mais il le fait.

«J'ai levé mon arme et je lui ai tiré dans la tête», dit-il au sujet du vigile. Puis il abat «mère Utoya».

«C'était extrêmement difficile de tirer les premiers coups de feu. C'est contraire à la nature humaine. Mais après, je suis entré en mode "fight and flight" (combat et fuite, NDLR) et c'est devenu beaucoup plus facile», explique-t-il.

Il monte alors un petit chemin en pente vers la cafétéria. «Les gens couraient dans tous les sens. J'ai suivi le gros du groupe. Je ne courais pas, je marchais à cause de tout mon équipement».

Il trompe la vigilance des jeunes à l'extérieur du bâtiment en leur demandant: «Que s'est-il passé?».

«Maintenant, j'entre et j'en exécute autant que possible», dit-il.

Là, treize jeunes périssent. «Certains faisaient le mort, c'est pour cela que je tirais des coups de grâce», explique-t-il.

L'immense majorité des victimes seront retrouvées avec une balle dans la tête.

Armé d'un pistolet Glock et d'un fusil Ruger, tous deux semi-automatiques, il sillonne l'île en traquant des adolescents terrifiés et confus.

«Certains étaient paralysés par la peur. Ils n'arrivaient pas à courir. C'est quelque chose qu'on ne voit pas à la télé, c'est bizarre», dit-il.

Il les abat aussi. «Il y a beaucoup de personnes qui crient, qui prient pour leur vie, qui supplient», se souvient-il.

Le contraste entre l'horreur de ses propos et sa voix posée plonge le prétoire dans un silence glacial. Une journaliste sanglote tout en tapant sur le clavier de son ordinateur portable. Un des experts-psychiatres chargés d'examiner l'accusé garde les yeux obstinément fermés.

Interrogé sur ce qu'il ressent en perpétrant la tuerie, Breivik répond: «Je me souviens que c'était absolument effroyable».

Dans une telle situation, «on est bombardé de centaines de pensées. On n'arrive pas à penser aux barrières morales», explique cependant celui qui, le matin même, se présentait comme «quelqu'un de très sympathique en temps normal».

Breivik assure néanmoins avoir épargné sur Utoya deux vies qu'il jugeait trop jeunes pour être anéanties.

Mais, pour le reste, il mitraille presque tous ceux qu'il rencontre.

Un jeune qui écoute de la musique et n'a pas pris conscience du massacre, des adolescents à qui il dit de sortir de leur cachette parce qu'ils sont maintenant en sécurité et qu'un bateau doit les évacuer, d'autres qui fuient à la nage, des campeurs qui tentent de leur venir en aide avec leurs bateaux...

Il a avec lui des jerricanes de carburant avec lequel il compte mettre le feu aux bâtiments où les occupants de l'île se sont réfugiés, mais il a égaré son briquet... Alors, il jette des grenades fumigènes, mais celles-ci ne brisent pas les vitres.

A plusieurs reprises, il essaie d'appeler la police avec un téléphone trouvé sur place pour annoncer sa reddition, mais, dans un réseau télécoms débordé, il ne parvient que deux fois à parler à un opérateur.

Il veut être mis en communication avec la force Delta, unité d'élite de la police, ou qu'on le rappelle. En vain.

«Je ne savais pas ce que je devais faire. L'opération était-elle réussie ou pas? Puisqu'ils ne me rappellent pas, c'est qu'ils n'ont pas envisagé de me laisser capituler. Alors, je continue jusqu'à ce que je me fasse tuer», dit-il.

Il dit regarder son Glock, envisage le suicide, mais y renonce.

La force Delta débarque finalement sur l'île et l'arrête environ 75 minutes après le début de la fusillade.

«Tuer quelqu'un est l'acte le plus extrême qu'un être humain puisse commettre, mais il faut mesurer cela par rapport à ses objectifs. Et, pour un nationaliste militant, il y a un objectif transcendant, même si l'acte lui-même est barbare», affirme-t-il.




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