Plus de cent mille Polonais se sont recueillis samedi à la mémoire des victimes de l'accident de l'avion présidentiel, tandis que le président américain et d'autres dirigeants invités aux obsèques du président Lech Kaczynski se sont désistés en raison de la paralysie du trafic aérien.

Ursula Hyzy AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Barack Obama a annoncé samedi qu'il n'assisterait pas aux obsèques dimanche à Cracovie après la fermeture de l'espace aérien européen touché par un nuage de cendres volcaniques.

La chancelière allemande Angela Merkel a fait de même, comme les présidents français Nicolas Sarkozy et autrichien Heinz Fischer et celui de la Commission européenne José Manuel Barroso.

Ont également annulé leur venue, entre autres, les rois d'Espagne Juan Carlos et de Suède Carl XVI Gustav, le prince Charles de Grande-Bretagne. Le président letton Valdis Zatlers, lui, devait s'y rendre en voiture.

Quelque 100 000 Polonais se sont recueillis pendant près de quatre heures au cours d'une cérémonie grandiose sur une immense place de Varsovie à la mémoire des 96 victimes de l'accident survenu il y a une semaine à Smolensk, dans l'ouest de la Russie.

Les sirènes ont retenti et les cloches des églises ont sonné dans la capitale pour marquer le début des cérémonies, tout comme plus tôt, à 08h56, heure locale (02h5, heure de Montréal), à travers tout le pays à l'heure exacte de la catastrophe aérienne.

«De telles choses n'arrivent jamais, elles sont impossibles!», s'est exclamé le premier ministre polonais Donald Tusk, «c'est la plus grande tragédie dans l'histoire de la Pologne après la Seconde guerre mondiale».

Le pape Benoît XVI a transmis un message de «solidarité», lu par son nonce apostolique, l'archevêque Jozef Kowalczyk.

«En ces jours difficiles pour notre patrie, nous ne nous sommes pas retrouvés seuls. Nous sommes pour cela reconnaissants aux citoyens de Russie qui ont spontanément apporté à la Pologne et aux Polonais leur compassion», a déclaré pour sa part le président en exercice Bronislaw Komorowski.

Sur la place, un autel avait été dressé à l'endroit où le pape Jean Paul II avait célébré sa messe mémorable, lors de son premier pèlerinage en Pologne communiste en 1979. Une simple croix blanche, devant un immense panneau noir avec les photos de toutes les victimes de la catastrophe.

Outre M. Tusk, le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, l'ex-président et père du mouvement anticommuniste Solidarité Lech Walesa et l'ex-président Alexander Kwasniewski étaient présents, ainsi que les proches des victimes.

Le frère jumeau de Lech Kaczynski, Jaroslaw, a été applaudi à son arrivée avec la fille du couple présidentiel, Marta.

Un acteur a lu les noms de chacun des passagers qui se rendaient dans la forêt de Katyn pour un hommage à la mémoire de 22 000 officiers polonais tués sur ordre de Staline en 1940. Celui du président, de son épouse Maria, de tous les chefs d'état-major de l'armée du pays, de figures de la résistance et de la lutte contre le communisme, de députés et vice-ministres, d'ecclésiastiques. Du chef du comité olympique polonais également, du président de la banque centrale et de bien d'autres personnalités mais aussi des interprètes, des agents de sécurité et hôtesses de l'air.

À 17h30 (11h30, heure de Montréal), les cercueils du président et de son épouse, exposés depuis mardi au palais présidentiel, ont été transférés à la cathédrale Saint-Jean. Un premier office pour le couple y a été célébré dans la soirée, avant les obsèques dimanche à Cracovie.

Dans son homélie, le primat de Pologne Mgr Henryk Muszynski, a lui aussi évoqué les relations difficiles de la Pologne et de la Russie à travers l'histoire et les espoirs de réconciliation.

«Le sang versé est capable d'unir. C'est un signe d'espoir et une chance de rapprochement et de réconciliation entre nos deux peuples», a-t-il déclaré: «Pourvu que nous sachions ne pas gaspiller cette chance».

Les corps du couple présidentiel doivent être transférés dimanche matin en avion militaire à Cracovie, où la municipalité dit attendre jusqu'à un million de personnes pour les obsèques.