«C'est comme si j'étais M. Obama qui visitait le pays. L'accueil est formidable», lance Rose Hyppolite-Lucien, qui est arrivée par avion militaire d'Haïti quelques jours après le séisme, avec son mari et sa petite fille de 3 ans.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Émilie Côté LA PRESSE

Le couple n'avait jamais mis les pieds à Montréal, mais il prévoyait y vivre, si bien qu'il avait un visa canadien de résident permanent avant que la terre tremble. «Je savais que j'allais partir, mais pas de façon aussi brusque en laissant ma famille qui dort à la belle étoile», dit la mère de 37 ans.

 

Les Hyppolite-Lucien font partie des cinq familles haïtiennes accueillies au Canada après le séisme qui seraient à la rue n'eût été la générosité d'un couple canadien. L'aide financière qu'ils reçoivent d'Ottawa prend fin dans une semaine, mais tel un véritable cadeau du ciel, un homme et une femme anglophones - qui veulent taire leur nom - paieront leur loyer pendant six mois, en plus de leur donner 400$ pour retrousser ses manches.

Tout ce que la Maison d'Haïti peut dire au sujet du couple, c'est que l'homme travaille dans le domaine des affaires et que la femme est professeure. «C'est un don qui totalise 20 000$», indique Christiane Fabiani, vice-présidente du conseil d'administration de l'organisme du quartier Saint-Michel.

La Maison d'Haïti apporte du soutien à près de 30 ménages haïtiens qui ont survécu au tremblement de terre. Les cinq familles - dont trois avec des mères de familles monoparentales - qui vivaient dans un YMCA avant de recevoir le don anonyme ont été choisies «car leurs demandes étaient les plus urgentes».

Fanfan Marie Merline s'occupe seule de ses six enfants, âgés de 7 à 16 ans. L'une de ses filles a un père canadien - dont elle n'a plus de nouvelles -, ce qui lui a permis de s'envoler pour le Canada dans un avion militaire. Son mari actuel est toutefois resté en Haïti. «C'est dur», confie la très grande femme.

Ses enfants et elle ont survécu au désastre naturel, car ils étaient en chemin de l'école à la maison. «Mes parents sont morts dans notre maison.»

Double sentiment

Les Haïtiens qui ont eu la chance de se réfugier au Canada sont torturés par un double sentiment: ils sont heureux d'être sains et saufs, mais se sentent coupables d'avoir quitté les leurs. La Maison d'Haïti peut par ailleurs les diriger vers des psychologues.

Le petit garçon de Djina Laguerre était troublé durant les jours qui ont suivi le séisme. «Je ne savais pas quoi faire, raconte la mère, dont les deux enfants sont canadiens. Le père est ici, mais nous ne sommes plus ensemble», précise celle qui a été abandonnée par son mari.

Mme Laguerre est toujours sous le choc. Elle est incapable de regarder des images d'Haïti à la télévision. Son dossier est entre les mains d'Ottawa, qui décidera si elle pourra rester ici. «J'ai juste un visa, explique la jeune mère de 27 ans. J'aimerais rester au Canada pour m'occuper de mon fils.»