La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton est arrivée juste avant le coup de midi à la grande conférence ministérielle sur la reconstruction d'Haïti.

André Duchesne LA PRESSE

Cette arrivée au siège social de l'Organisation de l'Aviation civile internationale (OACI) n'est pas passée inaperçue. Comme on pouvait s'y attendre, le cortège, arrivant en trombe de l'aéroport, était formé de nombreuses voitures officielles et de police, le tout accompagné d'un déluge de sirènes et de gyrophares.

La venue de Mme Clinton a aussi été précédée d'une rumeur voulant que son mari, l'ancien président Bill Clinton, participe à la conférence. On ne l'a cependant pas aperçu au sein de la délégation américaine.

Sis au 999, rue University, dans un quadrilatère formé des rues University, Saint-Antoine, Viger et Beaver Hall, l'édifice de l'organisation onusienne était tout désigné pour recevoir la conférence montréalaise.

Vers 8h00, l'atmosphère était encore relativement calme autour de l'édifice. Le nombre de voitures de police et de camions des médias télévisés laissent certes voir qu'il se passait quelque chose, mais, dans l'ensemble, la matinée ressemblait à n'importe quelle autre matinée. Aucune barricade n'avait été érigée et les voitures circulaient librement tout autour du quadrilatère. Les passants, parapluie en main, jetaient un oeil sans s'arrêter. Quelques-uns, piqués par la curiosité, posaient des questions aux policiers, avant de passer leur chemin.

Ensuite, les choses se sont accélérées. Autour de 8h30, on a pu voir les premières voitures officielles arriver. De nombreuses limousines et camionnettes noires ont déversé leur flot de diplomates sur le débarcadère de l'édifice donnant sur la rue Saint-Antoine. Un tronçon de cette rue avait finalement été fermé. On remarquait plusieurs policiers veillant sur les toits de l'édifice.

Contrairement aux autres invités, le premier ministre Stephen Harper est arrivée par la porte du garage, évitant les caméras.

Un peu d'agitation

L'agitation s'est temporairement faite plus forte autour du bâtiment de l'OACI lorsqu'un petit groupe de protestataires s'est formé sur le trottoir, près de l'entrée des véhicules. Il s'agissait de représentants de la Fédération des femmes du Québec et du comité Haïti Action Montréal. Ils réclamaient que l'aide au pays passe avant la militarisation des efforts de sauvetage.

«Dans ce pays, l'arrivée de 20 000 soldats a retardé la distribution de l'aide pour des raisons de sécurité imaginaires, au coût d'innombrables vies», affirmait-on dans un tract distribué aux passants.

Sur une pancarte, on lisait: «Reconstruction pour le peuple et non le profit». Sur une autre: «Pas une autre Nouvelle-Orléans». Les policiers ont demandé à la vingtaine de manifestants de s'éloigner de quelques mètres de l'entrée des voitures «pour des raisons de sécurité». Les policiers ont érigé quelques clôtures métalliques pour encadrer ces protestataires. Il y a eu un peu de bousculade mais rien de très sérieux.

Attentes

Croisé à l'extérieur, le directeur général du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI), Mario Renaud, a énoncé ce qu'il attendait de cette rencontre: «Je m'attends à une bonne prise de contact, surtout avec le gouvernement haïtien, a-t-il dit. Il se relève, il est actif. Il faut travailler avec lui. La relance du pays passe par les Haïtiens.» M. Renaud a ajouté que les efforts actuels ne doivent pas se traduire par un arrêt des autres projets en cours, comme tous ceux de nature agricole. «Les Haïtiens sont capables de produire des denrées», a-t-il insisté.

Lina Holguin, directrice des politiques d'Oxfam Québec, a sensiblement énuméré les mêmes attentes que M. Renaud. «Bien sûr, c'est une rencontre de planification, a-t-elle déclaré, mais on veut que le message soit très clair à l'effet que le leadership de la reconstruction va à l'ONU et à Haïti.» Elle aussi a insisté sur l'importance de donner des outils de développement aux agriculteurs haïtiens. «Car avec toute l'aide internationale qui arrive, le prix des denrées va augmenter», a-t-elle ajouté en levant le pouce vers le ciel.