Hier après-midi, face au 1190, rue Saint-Antoine Ouest, des dizaines et des dizaines de ressortissants haïtiens faisaient la file depuis des heures à la porte d'Immigration internationale 911, une firme privée d'avocats et de consultants en immigration.

André Duchesne LA PRESSE

Le but de tous ces gens: obtenir les papiers nécessaires pour faire venir d'Haïti un proche parfois blessé, toujours désespéré.

Ils attendaient depuis des heures, entassés les uns sur les autres. Ils étaient massés sur le trottoir et débordaient un peu dans la rue, retenus par des sections de clôture métallique. De l'autre côté de cette clôture improvisée, de nombreux policiers veillaient.

Sans les manteaux, couvertures, chapeaux, tuques, mitaines et foulards qu'ils portaient pour combattre le froid et une impitoyable humidité, la scène aurait ressemblé à celles que vivent leurs parents, devant les points de distributions d'eau et de nourriture, loin au sud, dans l'île dévastée par un tremblement de terre.

Il y avait Soimème Vernet, de Longueuil, arrivée en 2005, qui souhaite faire venir sa petite soeur Hollande, 22 ans.

«Elle a réussi à m'appeler. On a pu se parler deux minutes. Elle a une jambe cassée, a-t-elle raconté.

- Depuis quelle heure attendez-vous?

- Depuis 7h du matin», a-t-elle lancé, exaspérée.

Il était près de 14 h...

«On a froid. On a faim. On a envie. Moi, je ferais pipi dans la rue mais la policière, là, elle va me donner une contravention», a lancé son voisin, Delicat Herold.

Éclats de rire autour de ce grand monsieur, travailleur de la santé, qui s'est fait porter pâle, le matin, pour essayer d'obtenir les précieux papiers. Et encore, il n'était pas au bout de ses peines.

«Il faut prendre les formulaires, les remplir et les rapporter. Ça signifie qu'il va encore falloir faire la file», a dit l'homme, qui veut faire émigrer sa mère, déjà sinistrée à la suite de deux ouragans qui ont balayé sa ville, Gonaïves, dans les dernières années. Déménagée à Port-au-Prince, la pauvre femme a tout perdu dans le séisme.

À 14h pile, un agent s'est adressé aux gens par le mégaphone d'une voiture de police. En gros, il a dit, tout en s'excusant, que le bureau d'immigration affichait complet pour la journée et qu'il fallait revenir le lendemain.

Des cris. La rage. La colère. La peine. «Injuste!» a crié l'un. «Manque de respect!» a lancé un autre. «Abus! Abus! Abus!» ont scandé les gens. Rien à faire, la porte du bureau est demeurée fermée et bien gardée.

Faute de représentant du bureau, les gens ont reporté leur colère sur les policiers. Verbalement.

«J'ai mal au ventre. J'ai mal aux pieds. On m'a poussée», s'est plainte à un policier Esther Cerfrère, enceinte jusqu'aux yeux.

«Même dans mon pauvre pays, lorsqu'on est pleine ceinture (grossesse avancée), on l'aurait laissée passer», a glissé Jasmine, une amie d'Esther.

Les deux femmes ont fini par partir. Comme tous les autres. Les policiers ont encaissé. Tout le monde est resté calme. Ce matin, il faudra recommencer.