Interrogé mercredi sur la chaîne ABC News à propos du sauvetage inouï de l'assureur AIG par la banque centrale américaine, le sénateur de l'Arizona n'a pu cacher son embarras.

Alain Jean-Robert

«En ce qui concerne le sauvetage en lui-même, je ne voulais pas faire ça», a dit M. McCain avant de concéder qu'«il y avait littéralement des millions de personnes dont les retraites, investissements et assurances étaient en péril».

Mardi, M. McCain avait affirmé qu'il était hostile à ce que les contribuables soient sollicités pour secourir des entreprises comme AIG.

Ce n'est pas la première fois que M. McCain trébuche sur les questions financières et cherche à se repositionner... parfois «laborieusement», notait mercredi le New York Times.

Il y a une dizaine d'années, le sénateur de l'Arizona a été à la pointe du combat parlementaire pour la dérégulation du secteur financier. M. McCain a ainsi favorisé le vote de la loi Gramm-Leach-Bliley en 1999. Cette loi a réformé et modernisé les services financiers, supprimant toutes les barrières entre les banques commerciales, les sociétés de placement et les compagnies d'assurances. C'est cette loi qui a permis à AIG de se lancer dans les services financiers à risque qui ont provoqué sa crise.

«John McCain a passé des décennies à soutenir les institutions financières plutôt que les consommateurs», a fait remarquer M. Obama.

Lundi, en pleine tourmente boursière alors que la banque d'affaires Lehman Brothers se plaçait sous la loi de protection des faillites et que sa concurrente Merril Lynch était rachetée à la hussarde par Bank of America, M. McCain n'avait pas craint d'affirmé que «les fondamentaux de l'économie» étaient «solides».

«Mais de quelle économie parle» M. McCain?, avait aussitôt demandé avec une fausse ingénuité son adversaire démocrate qui veut faire de l'économie le point central de sa campagne.

Le sénateur de l'Arizona a expliqué mardi que lorsqu'il parlait des «fondamentaux de l'économie» il voulait dire les travailleurs américains. Il a laissé entendre que ceux qui critiquaient ses remarques s'en prenaient en fait aux travailleurs eux-mêmes. «Je crois dans les travailleurs américains et si quelqu'un n'est pas d'accord avec ça, libre à lui», a dit M. McCain, visant implicitement M. Obama. Son explication, jugée maladroite, n'a pas réellement convaincu.

«Soyons clairs: tous les candidats à la Maison-Blanche croient dans les travailleurs américains», a affirmé mercredi le New York Times dans un éditorial.

«En clarifiant ses commentaires, M. McCain a rendu hommage aux travailleurs tout en continuant à ignorer leurs problèmes. C'est une vraie insulte», a ajouté le quotidien.

À la traîne désormais dans les sondages, M. Obama espère tirer un profit politique de la crise, à 48 jours de l'élection présidentielle du 4 novembre.

Le sénateur de l'Illinois dénonce depuis des mois le lien entre le laxisme et le manque de transparence du système financier d'une part et, de l'autre, les crédits irresponsables qui ont déclenché la crise immobilière et le ralentissement économique.

Mercredi, il a choisi de s'adresser les yeux dans les yeux aux Américains dans un clip télévisé diffusé dans tout le pays.

La crise n'est pas de la faute à «pas de chance», y affirme M. Obama. «La vérité est que, alors que vous faisiez preuve de responsabilité, Washington ne le faisait pas. C'est pourquoi nous avons besoin de changement. D'un vrai changement», dit M. Obama.