Des indépendantistes québécois «purs et durs» s'apprêtent à manifester contre la visite du prince William et de son épouse, qu'ils voient en messagers du fédéralisme et de la domination anglo-saxonne.

Michel VIATTEAU AGENCE FRANCE-PRESSE

Ainsi, le RRQ (Réseau de résistance du Québécois), qui mobilise ses troupes sur un mot d'ordre explicite, «William, dégage !», appelle à un rassemblement à Québec dimanche 3 juillet à midi.

Ce sera au moment même où, au quatrième jour de sa tournée canadienne, le couple princier britannique doit assister à une cérémonie censée valoriser la relation entre la ville et le 22e régiment royal d'infanterie.

«Le prince William et la princesse Catherine, s'ils veulent venir au Québec en tant que citoyens britanniques pour un voyage de noces qu'ils vont payer eux-mêmes, cela ne pose aucun un problème pour nous», dit à l'AFP l'animateur du RRQ Patrick Bourgeois.

«Mais s'ils viennent sur l'invitation du gouvernement fédéral canadien qui veut piquer au vif et humilier les indépendantistes québécois, nous serons là!», ajoute le jeune homme, titulaire d'une maîtrise en histoire.

Pour lui, la visite du prince n'est rien d'autre qu'une opération politique du gouvernement fédéral qui veut montrer au monde que le Québec accepte sa place au sein du Canada.

Les Britanniques avaient mis la main sur le Canada, y compris le Québec, en 1763 à l'issue de la guerre de Sept Ans avec la France. Le Canada, membre du Commonwealth, est indépendant du Royaume-Uni depuis les années 30, mais Elizabeth II demeure chef d'État en titre du pays.

Le Québec a repoussé à deux reprises par référendum, en 1980 et 1995, la perspective d'un État indépendant, à l'issue toutefois d'un vote très serré lors de la seconde consultation.

Le mouvement nationaliste, affaibli par des défaites électorales et des querelles internes, rêve toujours d'un éventuel troisième référendum.

M. Bourgeois compte répéter un succès de 2009, à savoir une manifestation qui avait forcé le prince Charles à emprunter une porte dérobée pour entrer dans une caserne.

Dans un passé plus distant, le 10 octobre 1964, une manifestation d'étudiants et d'indépendantistes contre la visite à Québec de la reine Elizabeth II avait été réprimée et l'événement est entré dans l'histoire locale comme «le samedi de la matraque».

D'après des sondages, deux Canadiens sur trois seraient enclins à rompre tout lien institutionnel avec la couronne britannique. Cette proportion est plus élevée au Québec.

Mais la royauté compte aussi d'ardents partisans, rassemblés au sein de la Ligue monarchiste.

L'organisation revendique quelque 10 000 membres, dont 500 au Québec, a indiqué à l'AFP son porte-parole provincial Étienne Boisvert.

L'étudiant en sciences politiques est un Québécois de souche, descendant de Français arrivés entre le XVIe et le XVIIe siècle.

Certes, le début des relations entre Britanniques et Français avait été difficile, reconnaît-il. «Mais ce sont les premiers qui ont apporté à l'Amérique du Nord le parlementarisme, la démocratie et la doctrine des libertés individuelles».

La monarchie est pour lui «une institution féodale qui a su se réinventer».

Le fait que la reine réside à 4000 km du Canada ne le gêne-t-il pas? Non, le gouverneur général est là pour la représenter.

«Mais, il y a des idées qui circulent dans les milieux monarchistes: on pourrait installer un membre de la famille royale dans chacun des seize royaumes du Commonwealth», ajoute-t-il.

«Le prince Harry, qui a peu de chances de devenir roi, pourrait s'établir  ici et fonder une branche canadienne. Ou le futur jeune souverain pourrait assurer des rotations: six mois au Canada, six en Australie, six à Londres...»