Une dépression tropicale qui frappait des parties du Mexique ne se dirigeait pas vers la masse d'huile déversée dans le golfe, du moins au cours de la journée de dimanche, mais un système semblable peut rapidement changer de direction.

Greg Bluestein et Lisa Leff AGENCE FRANCE-PRESSE

Essayer de contenir pareil déversement est déjà fort complexe dans des conditions idéales et on n'ose pas imaginer ce qui pourrait se passer si cette tempête baptisée Alex devait bifurquer vers le golfe du Mexique.

Dimanche, Alex avait déjà laissé de fortes pluies sur le Bélize, le nord du Guatemala et la péninsule du Yucatan, au Mexique.

Tout système météorologique avec des vents supérieurs à 75 kilomètres-heure pourrait forcer BP à arrêter ses efforts visant à contenir le déversement pour jusqu'à deux semaines et retarder aussi le forage de deux puits de secours qui sont la meilleure chance d'y mettre fin.

Alex, la première tempête tropicale de la saison dans l'Atlantique, a faibli jusqu'à devenir une dépression. Mais les prévisions la voient atteindre le golfe du Mexique, où les eaux chaudes pourraient lui redonner de la vigueur.

Dimanche, on projetait que la dépression allait frapper le Mexique de nouveau, cette fois au sud du Texas, mais éviter l'énorme masse d'huile.

«Nous savons tous que la météo est imprévisible et que nous pourrions avoir un changement de dernière minute», a prévenu Thad Allen, de la Garde côtière.

Les plans d'urgence prévoient déplacer les travailleurs et l'équipement cinq jours avant l'arrivée prévue d'un ouragan dans le secteur des opérations de 1,3 kilomère carré, une fenêtre qu'il faudrait peut-être revoir parce que les tempêtes changent souvent de direction plus rapidement, a prévenu Jeff Masters, directeur de la météorologie à Weather Underground.

Malgré le recul évident que causerait un arrêt des travaux, «la sécurité et la protection de la vie humaine demeurent nos priorités», a indiqué Thad Allen.

Ailleurs dans le golfe, on s'inquiète des milliers de mètres de barrières de protection le long des îles et des plages.

«Les barrièrs de protection qu'ils ne pourront pas ramasser - et il y en a des milles et des milles, alors c'est impossible de tout ramasser - vont se retrouver dans les marais, a expliqué Ivor van Heerden, du Centre des ouragans de l'université Louisiana State.

Le déversement complique aussi la planification déjà complexe de la lutte contre les ouragans mise en place chaque été.

On parle d'une région familière avec les ouragans de forte intensité. Pas plus tard qu'en 2005, Katrina avait dévasté une grande partie de la Louisiane, dont la Nouvelle-Orléans, immédiatement suivi par l'ouragan Rita. Trois ans plus tard, c'était au tour de Gustav et Ike de frapper tour à tour.

Des milliers de familles qui ont perdu leurs emplois à cause du déversement pourraient avoir moins de ressources en cas d'évacuation, a signalé Mark Cooper, qui s'occupe de la sécurité et des urgences au bureau du gouverneur de la Louisiane. Et Pete Gerica affirme que les pêcheurs comme lui qui survivent généralement aux tempêtes dans leur bateau pourraient y penser à deux fois cette année en raison du déversement, parce que l'huile charriée par la tempête pourrait être très difficile à nettoyer.

Aussi, on ne connaît pas les conséquences d'une tempête sur toute cette huile flottant dans le golfe. Certains estiment que la masse d'huile pourrait s'agrandir, mais d'autres croient que la force des éléments pourrait entraîner un dispersement favorable.

La mauvaise nouvelle, c'est que quoi qu'il arrive avec Alex, ce n'est qu'un début et que les experts prévoient une saison avec de forts ouragans.