Favori de la primaire républicaine pour la présidentielle américaine, Mitt Romney, 64 ans, a passé deux ans et demi en France dans les années 60 en tant que missionnaire mormon, laissant chez ceux qui l'ont côtoyé le souvenir d'un «leader naturel», «charismatique» et «très francophile».

Publié le 10 janv. 2012
Damien Stroka AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis, Mitt Romney a pris ses distances avec la francophilie de ses jeunes années, qui ne peut que lui porter tort pour capter les voix des électeurs conservateurs.

Quand il évoque -rarement- son expérience, c'est pour souligner combien elle lui a fait mesurer «la chance d'être né aux États unis».

Dan McBride, qui a travaillé avec lui au siège parisien de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, est persuadé que ce séjour en France a «profondément changé» Romney, «il est devenu très fort». À l'issue de son séjour, ses convictions personnelles, sa foi, s'étaient «renforcées», estime-t-il.

«Je l'ai revu plusieurs années plus tard, il gardait un excellent souvenir de la France et des Français», raconte Dan McBride.

Arrivé dans l'Hexagone à 19 ans, en juillet 1966, pour y prêcher la doctrine de l'Église mormone (36 000 fidèles en France, 6,1 millions aux États-Unis, plus de 166 000 au Canada et 14 millions dans le monde), il est d'abord affecté dans l'ouest, avant d'être muté à Bordeaux (sud-ouest) début 68, puis à Paris où il est témoin des derniers soubresauts de la révolte étudiante et de la grande grève de mai et juin 1968.

André Salarnier, 79 ans, ancien responsable de la chapelle mormone de Talence, près de Bordeaux, se souvient de ce «grand gaillard, plutôt charismatique», un «leader naturel», doté «d'une certaine prestance, très sympathique, très ouvert et très francophile».

«Nous sommes partis ensemble (pour la France) le 4 juillet 1966», jour de la fête nationale américaine, se souvient l'un de ses co-missionnaires, Michael Bush, 65 ans, qui anime un blogue sur Mitt Romney (mitttheman.com).

M. Bush, ancien lieutenant-colonel de l'US Air Force et actuellement professeur de français à la Brigham Young University (BYU) de Provo (Utah),  est affecté dans le centre, Mitt Romney dans l'ouest. Début 68, ils se retrouvent à Bordeaux.

Le quotidien des missionnaires est rythmé par la prière, l'étude des Écritures et les activités prosélytes, souvent au porte-à-porte et en binômes. Repéré pour son dynamisme et ses qualités de meneur d'hommes, Mitt Romney se voit vite confier des responsabilités. À Bordeaux, il était ainsi chargé d'encadrer les missionnaires du Sud-Ouest.

«Il travaillait très dur», était «bien organisé», «très réfléchi» et «très intelligent», se souvient «Mike» Bush. «Son père (George Romney, candidat malheureux à l'investiture républicaine en 1968) était gouverneur du Michigan, mais il n'en parlait presque jamais. Il ne se mettait pas en avant».

À Bordeaux, célèbre pour son vin dans le monde entier, les jeunes mormons qui prêchent l'abstinence habitent dans le quartier populaire des Capucins, au centre-ville, se souvient l'un d'eux, Steven Bang. L'appartement, très modeste, était «typique» de ceux où logeaient les missionnaires en France, explique-t-il.

M. Bang relate comment, circulant en voiture un matin près de Bordeaux, M. Romney et lui remarquent un immeuble en feu.

Mitt Romney, qui était au volant, a «immédiatement quitté la route pour se diriger vers le bâtiment». Les deux missionnaires ont alors pénétré dans le bâtiment envahi par la fumée pour aider les habitants à sortir. «C'est un exemple que je n'oublierai jamais», dit-il à l'AFP, louant le «dévouement» et le «courage» de Romney lors de cet épisode.

Avant d'être appelé à Paris en tant qu'assistant du président de la mission en France, Romney vivra Mai 68 à Bordeaux.

Alors que le pays est paralysé, les missionnaires américains, qui dépendent des subsides envoyés par leurs proches, se retrouvent à court d'argent. Romney organise alors le ravitaillement en allant chercher l'argent dans les banques espagnoles.

La fin de son séjour dans le Sud-Ouest sera endeuillée par un grave accident de voiture, survenu en juin 1968, à Bernos-Beaulac, au sud de Bordeaux. Il est au volant. À bord, le président de la mission mormone en France et son épouse. Dans un virage, une voiture vient percuter leur véhicule. L'épouse du président périt dans l'accident. Romney est grièvement blessé.