Bien avant les attentats terroristes du 11-Septembre, Jeffrey Bale, aujourd'hui professeur à l'Institut d'études internationales de Monterey, en Californie, s'intéressait aux groupes politiques et religieux extrémistes. Nous lui avons demandé de réagir à la stratégie présentée hier soir par Barack Obama pour combattre l'État islamique.

Mis à jour le 11 sept. 2014
Richard Hétu LA PRESSE

Q: Quelles sont les chances de succès de ce plan d'action?

R: Au moins deux aspects du plan me semblent complètement erronés. Parlons d'abord de l'idée d'établir un gouvernement irakien représentatif qui inclura les sunnites. Cela aurait pu être possible il y a 10 ans, mais il s'agit, à ce stade-ci, d'une fantaisie totale étant donné que la méfiance et l'hostilité entre les chiites et les sunnites ne peuvent plus être surmontées. Ce que nous devrions vraiment faire est de conclure des pactes avec les baasistes et les tribus sunnites du nord et de l'ouest de l'Irak. Nous devrions aller là et exprimer notre appui à la création d'une région sunnite autonome dans un Irak fédéré en échange de la participation des sunnites à la lutte contre les djihadistes. Les Kurdes ont déjà de fait un État autonome, et c'est essentiellement ce que les sunnites veulent.

Q: Et l'autre aspect de la stratégie du président Obama qui vous semble erroné?

R: C'est la fantaisie selon laquelle nous pouvons soutenir une opposition modérée en Syrie. Oui, il y a eu un groupe de musulmans laïques ou modérés qui était opposé au régime de Bachar al-Assad. Mais ce groupe n'a jamais joui d'un large appui et il n'a jamais eu des capacités militaires importantes. Et quand nous leur avons fourni des armes, une bonne partie d'entre elles se sont retrouvées entre les mains de djihadistes. La seule solution véritable est de collaborer avec le régime syrien. Quoi qu'on en pense, le régime syrien est le dernier rempart militaire contre la prise de contrôle par les djihadistes du coeur du monde arabe au Moyen-Orient. Bien sûr, le régime syrien est vil et brutal, mais si les djihadistes prenaient le pouvoir en Syrie, on assisterait à un bain de sang à une échelle inimaginable. Mais cette politique ne sera pas adoptée pour des raisons humanitaires qui ne tiennent pas la route.

Q: Quelle est votre évaluation de la menace que représente l'État islamique pour les États-Unis et leurs intérêts?

R: C'est une menace terrible pour les intérêts de tout le monde! Nous avons des individus qui sont recrutés dans des pays occidentaux, qui sont radicalisés par l'entremise d'internet et qui se rendent en Irak ou en Syrie pour se battre dans les rangs de l'État islamique. Ces gens ont des passeports européens, américains et canadiens, et ils peuvent revenir pour nous frapper. Mais il y a une solution simple à ce problème. Les gens qui quittent des pays occidentaux pour se joindre aux djihadistes devraient perdre leur passeport et leur citoyenneté et se voir interdire de revenir. Ils devraient être considérés ni plus ni moins comme des traîtres, car les groupes djihadistes voient les infidèles, et en particulier les Occidentaux, comme leurs ennemis.