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La Presse au Kurdistan: la guerre des femmes

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Les femmes forment le tiers des 40 000 combattants des YPG, la guérilla kurde qui livre une lutte acharnée à l'organisation État islamique en Syrie.

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Le groupe État islamique

International

Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Isabelle Hachey
Isabelle Hachey

envoyée spéciale

La Presse

(DAYRIK, Syrie) Les combattants kurdes sont en première ligne de la guerre contre l'organisation État islamique. Pour éradiquer le groupe terroriste de la région, l'Occident, qui répugne à déployer des troupes au sol, compte sur eux. Et sur elles. Car en Irak et en Syrie, des combattantes sont prêtes à mourir au nom de la liberté. Celle du Kurdistan, d'abord. Mais aussi celle des femmes.

Ils conquièrent des villes, décapitent leurs ennemis, déciment des villages entiers au nom d'Allah. Les exaltés du groupe État islamique ne semblent reculer devant rien... sauf peut-être une chose: être tués par une femme. Mourir d'une façon aussi déshonorante, croient-ils, les exclurait du paradis.

«Pendant des siècles, les femmes ont été contrôlées par des hommes, dit Penaber. Aujourd'hui, nous avons l'occasion rêvée de mettre un terme à cette domination.»

Penaber Judi
«L'EI nous considère comme des moins que rien,... (PHOTO ANDREW W. NUNN, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 3.0

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«L'EI nous considère comme des moins que rien, de vulgaires servantes. Nous sommes là pour lui prouver que nous pouvons nous défendre», dit Alef Teria, combattante DES YPG.

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Penaber Judi, membre de la guérilla kurde, revient... (PHOTO ANDREW W. NUNN, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 3.1

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Penaber Judi, membre de la guérilla kurde, revient du front où elle a combattu les fanatiques de l'EI.

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Dans ce cas, ils doivent craindre Penaber Judi.

Elle a 19 ans, les yeux clairs et perçants. Une pince rouge en forme de fleur retient ses cheveux, mais là s'arrête la coquetterie. Vêtue d'un treillis militaire, des paquets de munitions accrochés à la taille, elle rentre du front. Elle sourit, frondeuse. «J'étais en première ligne. J'en ai tué beaucoup, beaucoup.»

Nous sommes dans un camp d'entraînement des Unités de protection populaire (YPG), la guérilla kurde engagée dans une lutte acharnée contre le groupe État islamique (EI) en Syrie. Les 22 jeunes femmes réunies ici reprennent des forces; il y a quatre jours, elles étaient au champ de bataille. Elles n'attendent qu'un signal pour y retourner. Elles brûlent d'éradiquer au plus vite les islamistes de Rojava, région kurde qui englobe 2 millions d'habitants, dans le nord-est de la Syrie, aux confins de l'Irak et de la Turquie.

«Pendant des siècles, les femmes ont été contrôlées par des hommes, dit Penaber. Aujourd'hui, nous avons l'occasion rêvée de mettre un terme à cette domination et, surtout, de nous donner un État indépendant et démocratique.»

Les femmes forment le tiers des 40 000 combattants des YPG. Elles sont prêtes à mourir au nom de la liberté. Celle de Rojava, d'abord et avant tout, mais aussi celle des femmes. Comme le reste du monde, elles ont été horrifiées par le sort réservé à celles qui ont été capturées par l'EI dans le nord de l'Irak, tout près, de l'autre côté de la très poreuse frontière. Enlèvements, viols, mariages forcés... si elles ne font rien, demain, ce sera leur tour.

«L'EI nous considère comme des moins que rien, de vulgaires servantes. Nous sommes là pour lui prouver que nous pouvons nous défendre», dit Alef Teria, une autre combattante.

Pour elles, mieux vaut mourir que de vivre sous l'emprise de l'EI, qui menace le territoire kurde. Ici, les combats sont presque quotidiens. La semaine dernière encore, à 400 kilomètres à l'ouest de Dayrik, les djihadistes munis d'artillerie lourde et de chars d'assaut ont lancé une offensive majeure sur la ville de Kobani, poussant 140 000 Kurdes à fuir en Turquie.

Le 23 septembre, pour la toute première fois, des frappes américaines ont visé les positions du groupe terroriste autour de Kobani afin d'empêcher que la ville ne tombe entre ses mains. Des renforts que les forces kurdes des YPG attendaient depuis longtemps; là-bas, il y a déjà des mois qu'elles résistaient - seules - aux attaques des islamistes.

Sur la ligne de front

En Syrie comme en Irak, les Kurdes sont littéralement sur la ligne de front face aux extrémistes de l'EI. À défaut de déployer des troupes au sol, les États-Unis et leurs alliés s'en remettent à eux pour éliminer le groupe terroriste. En Irak, ils fournissent des armes sophistiquées aux peshmergas, ces célèbres combattants qui ont lutté pendant des décennies contre Saddam Hussein. Mais pour les Kurdes de Syrie, ils n'ont rien à offrir.

C'est que les YPG sont la branche armée syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe de rebelles en guerre depuis 30 ans contre la Turquie, classé terroriste par le Canada, les États-Unis et l'Union européenne. Et on n'arme pas un groupe terroriste, même pour en éliminer un autre.

«Les peshmergas reçoivent de l'artillerie lourde, du soutien occidental. Nous, nous n'avons que nos vieux fusils, dit Penaber Judi. Mais quand votre volonté est très forte, vous pouvez battre n'importe qui. Chacun de nos martyrs nous donne la force de continuer.»

Face à l'EI, les Kurdes de la Syrie n'ont que leur courage. Ils n'ont rien à perdre, à part la vie. Surtout, pour la première fois de leur histoire tourmentée, ils ont un pays à gagner.




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