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Irak : frappes contre l'EI et plus de vivres pour les civils

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Des soldats américains se préparent à larguer des repas halal sur le nord de l'Irak.

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L'État islamique

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L'État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

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Abdelhamid ZEBARI
Agence France-Presse
ERBIL

Les États-Unis se sont directement impliqués en Irak pour la première fois depuis le retrait de leurs troupes en 2011 en bombardant des positions des djihadistes qui menacent le Kurdistan irakien et des milliers de chrétiens et Yazidis. L'aviation américaine a également poursuivis son aide à la population en largant à nouveau, sur le nord du pays, de l'eau et de la nourriture dans la nuit de vendredi à samedi.

Selon le porte-parole du Pentagone, deux chasseurs bombardiers ont frappé vendredi vers 13 h 45 (6 h 45, heure de Montréal) une pièce d'artillerie mobile de l'État islamique (EI) qui avait visé des forces kurdes à Erbil. Quelques heures plus tard, d'autres raids ont visé «des terroristes» puis un convoi et un mortier près d'Erbil.

Le département d'État a assuré que la décision prise par Barack Obama - un vigoureux opposant à l'invasion de l'Irak en 2003 - était juridiquement inattaquable, car les frappes sont menées à la demande du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki.

«Le gouvernement irakien et des responsables irakiens de tous les horizons, de tous les partis et de toutes les confessions nous ont demandé cet appui. C'est le principe qui est appliqué dans ce cas-là», a déclaré Marie Harf, porte-parole du département d'État.

La Maison-Blanche a précisé qu'aucune date de fin n'avait été fixée pour cette opération, mais a répété que les États-Unis excluaient d'envoyer des troupes au sol et de s'engager dans «un conflit militaire prolongé».

Le chef de l'armée irakienne, Babaker Zebari, a estimé que cet appui aérien allait permettre d'obtenir rapidement «d'énormes changements» sur le terrain.

«Les officiers de l'armée irakienne, les peshmergas [kurdes] et des experts américains travaillent ensemble pour déterminer les cibles», a-t-il expliqué, évoquant également des frappes américaines dans la région de Sinjar, à l'ouest de Mossoul et des opérations prévues dans «des villes irakiennes contrôlées par l'EI».

L'ONU cherche de son côté à établir un «corridor humanitaire» dans le nord de l'Irak pour permettre d'évacuer les civils menacés.

La France s'est dit «prête à prendre toute sa part» dans l'aide aux populations civiles victimes des «exactions intolérables» de l'EI, tandis que le Royaume-Uni a annoncé des parachutages de vivres dans les 48 prochaines heures.

Les combattants de l'EI avaient encore marqué des points jeudi avec la prise de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, suivie de celle du barrage de Mossoul, le plus grand du pays, qui contrôle l'alimentation en eau et en électricité de toute la région.

Depuis dimanche, des dizaines de milliers de personnes ont fui face à l'avancée des djihadistes, qui ne sont désormais qu'à une quarantaine de kilomètres d'Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, allié de Washington.

Après la prise de Qaraqosh et d'autres zones autour de Mossoul, le patriarche chaldéen Louis Sako a fait état de 100 000 chrétiens jetés sur les routes. Dimanche, la prise de Sinjar, bastion de la minorité kurdophone yazidie, avait déjà poussé à la fuite jusqu'à 200 000 civils selon l'ONU.

Génocide

Certains ont pu fuir au Kurdistan ou en Turquie, mais des milliers d'autres sont piégés dans les montagnes désertiques environnantes, où ils risquent autant de mourir de faim et de soif que de se faire massacrer par les djihadistes.

L'offensive de l'EI contre les Yazidis et les chrétiens «montre tous les signaux d'un génocide», a déclaré vendredi le secrétaire d'État américain, John Kerry, en visite à Kaboul.

Évoquant «une crise humanitaire qui prend aux tripes» et le risque de nouvelles violences meurtrières, le diplomate a expliqué que les États-Unis avaient «pris la décision qu'il fallait sauver ces vies».

Jeudi soir, M. Obama avait déjà évoqué un risque de génocide en autorisant des frappes militaires ciblées «pour protéger les civils pris au piège» ainsi que les personnels américains à Erbil et à Bagdad.

Le président américain avait pourtant été élu sur la promesse d'un désengagement militaire et avait été l'instigateur du retrait américain d'Irak.

Dans la nuit, l'aviation américaine a commencé par parachuter des vivres et de l'eau à destination des civils piégés dans les montagnes de Sinjar.

Elle a poursuivi cette opération dans la nuit de vendredi à samedi en larguant à nouveau des vivres et de l'eau depuis trois avions-cargo escortés par deux chasseurs F/A-18, a annoncé le Pentagone.

Un habitant réfugié dans la montagne avec sa famille, joint par téléphone, a déclaré que rien n'était parvenu dans sa zone, où eau et vivres manquent cruellement. «Il y a beaucoup d'enfants ici», a-t-il lancé.

Kurdistan menacé

À Bagdad, l'intervention américaine a suscité un peu de scepticisme, dans la mesure où Nouri al-Maliki réclamait ces frappes depuis le début en juin de l'offensive de l'EI, qui était déjà bien implanté en Syrie et contrôle désormais de vastes pans du territoire irakien.

M. Obama «n'a rien fait pendant trois ans, mais quelque chose arrive aux Kurdes et aux chrétiens et il commence à parler de terrorisme», a dénoncé Rashaad Khodhr Abbas, fonctionnaire à la retraite.

Le puissant dirigeant chiite Moqtada al-Sadr a d'ailleurs affirmé vendredi que l'EI était sur le point d'attaquer la capitale, tout en promettant de mobiliser ses hommes pour défendre Bagdad.

Les insurgés sunnites sont à quelques dizaines de kilomètres de Bagdad, mais, selon des experts, ils manquent de combattants pour mener un assaut de cette envergure.

Au Kurdistan, l'arrivée massive de réfugiés augmente la pression sur cette région déjà à court d'argent en raison d'un conflit avec Bagdad sur le partage des revenus pétroliers, et l'inquiétude monte face à la progression de l'EI.

Depuis le début de l'offensive, les combats avec les djihadistes ont coûté la vie à 150 peshmergas et 500 autres ont été blessés, selon le secrétaire général de la présidence kurde.

Les compagnies Turkish Airlines et Lufthansa ont suspendu leurs vols vers Erbil. L'Agence fédérale de l'aviation (FAA) a interdit aux avions commerciaux américains de survoler l'Irak, et British Airways a pris une mesure similaire.

La Maison-Blanche a annoncé vendredi que M. Obama allait partir en vacances samedi comme prévu pour deux semaines sur la petite île huppée de Martha's Vineyard (Massachusetts, nord-est). Il rentrera pour deux jours à Washington en milieu de séjour.

Cinq clés pour expliquer les avancées des djihadistes

BAGDAD - Les djihadistes de l'État islamique (EI) ne sont pas aussi nombreux que le laissent penser l'ampleur et la rapidité de leurs conquêtes dans le nord de l'Irak, estiment des experts, qui identifient cinq facteurs pouvant expliquer leur avancée fulgurante.

En deux mois d'offensive, les djihadistes se sont emparés de vastes pans du territoire irakien. Et, au cours de la semaine passée, ils ont pris aux Kurdes plusieurs villes dans la région de Mossoul (nord) ainsi que le barrage de Mossoul, réputé le plus grand du pays.

Pourtant, selon des experts, ces djihadistes, que personne ne semble pour l'instant pouvoir réellement arrêter, ne seraient que quelques milliers. Ce n'est donc pas le nombre qui fait leur force, mais d'autres raisons:

Des armes récemment acquises

L'EI dispose de chars, humvees, missiles et autres armements lourds pris à ses ennemis lors de son offensive.

Ce matériel, souvent de fabrication américaine, et notamment abandonné par l'armée irakienne lors de son retrait face aux insurgés aux premiers jours de leur offensive, a transformé les capacités militaires de l'EI.

«Ils ont engrangé des quantités significatives d'équipements dont ils avaient le plus besoin», selon Anthony Cordesman, du Centre pour les études stratégiques et internationales de Washington.

L'aviation américaine sera probablement plus apte à détruire cet équipement que les vieux Sukhoi de l'armée irakienne.

L'expérience syrienne

Si le groupe est né en Irak - en 2004 sous un autre nom - c'est son implication dans le conflit syrien qui lui a permis de devenir ce qu'il est aujourd'hui.

Les combats en Syrie «ont offert à l'EI un entraînement et des opportunités d'apprentissage hors pair», souligne le groupe américain Soufan, spécialisé dans le renseignement.

Ils utilisent des tactiques de combat «auxquelles les Irakiens ne sont pas habitués», estime Anthony Cordesman.

Ces djihadistes, présents depuis 2013 en Syrie, où ils combattent le régime mais aussi les rebelles, se sont taillé une réputation de groupe sanguinaire, avec des combattants qui ne craignent pas de mourir au combat.

Des batailles bien choisies

Pour ses combats, l'EI privilégie les zones sunnites où il peut trouver des soutiens, des infrastructures stratégiques ou des endroits faiblement défendus, évitant ainsi des pertes superflues pour maintenir son élan et son unité interne.

«Ils ont parcouru une distance considérable au cours des derniers jours, mais il s'agissait de zones très peu peuplées et ils ont rencontré très peu de résistance», selon John Drake, du groupe AKE.

«L'EI est très doué pour faire fuir ses opposants quand ceux-ci sont déjà affaiblis», explique Michael Knights, expert au Washington Institue.

Une propagande efficace

Partout, l'EI est précédé de sa réputation d'extrême brutalité. Et cela lui a permis de s'emparer de villes entières sans rencontrer de résistance.

Maîtrisant internet et les réseaux sociaux, le groupe diffuse notamment des photos d'ennemis décapités.

Les jihadistes diffusent une image «de cruauté presque surhumaine», selon Patrick Skinner, du groupe Soufan. À Sinjar (nord), les civils paniqués ont ainsi abandonné la ville dimanche quand l'EI a annoncé son entrée imminente.

«L'intimidation est une tactique importante pour l'EI», selon M. Drake. «Qu'ils utilisent ou non toutes les armes dont ils s'emparent, ils les photographient à des fins de propagande».

Des opposants faibles

Ce qui fait la force de l'EI est avant tout la faiblesse de ses opposants.

«Les peshmergas (forces kurdes irakiennes) sont assez bons (...) (par rapport aux autres forces irakiennes), mais ils sont vraiment légers en termes d'infanterie. Ceux qui ont l'expérience d'avoir combattu Saddam Hussein ne sont plus là», explique M. Cordesman.

Ils pâtissent également des problèmes de trésorerie du Kurdistan.

Quant à l'armée irakienne, qui a tenté de se ressaisir après la débandade des premiers jours de l'offensive, elle ne rencontre pas de réels succès.

«L'EI a révélé des lacunes navrantes chez ses opposants, et pour commencer le spectacle réellement lamentable de l'armée irakienne», relève Soufan.

Si, sur le long terme, un meilleur entraînement et de nouveaux équipements sont nécessaires, les frappes américaines pourraient temporairement équilibrer les forces.

Elles pourraient également «affaiblir des positions de l'EI, et rendre plus facile une contre-offensive», estime John Drake.




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