Les dirigeants tunisiens ont entamé jeudi des consultations avec l'opposition et de la société civile dans l'espoir de résoudre la crise politique déclenchée par un nouvel assassinat d'opposant.

Publié le 1er août 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Les partisans et les détracteurs du gouvernement sont descendus une nouvelle fois dans la rue, comme chaque nuit depuis le meurtre attribué à des djihadistes du député Mohamed Brahmi le 25 juillet. Les opposants étaient plusieurs milliers rassemblés devant l'Assemblée nationale constituante (ANC) pour en réclamer la dissolution. Comme à chaque fois ils ont rompu le jeûne du Ramadan sur cette place où des scènes et des haut-parleurs ont été installés pour les politiques et musiciens.

À quelques dizaines de mètres de là, les partisans du parti islamiste Ennahda, qui dirige le gouvernement, étaient là, mais moins nombreux. Le mouvement a cependant appelé à un grand rassemblement pour défendre sa légitimité à gouverner samedi soir à Tunis.

Dans la journée, le président Moncef Marzouki, un laïc allié aux islamistes, a reçu les responsables de plusieurs partis réclamant le départ de la coalition au pouvoir et qui ont présenté diverses solutions faute d'un front uni des opposants.

Maya Jribi, du Parti républicain qui veut la dissolution de l'ANC, a milité pour un cabinet de «salut national» dirigé par un indépendant et composés de ministres qui ne se présenteront pas aux prochaines élections.

Mohamed Hamdi, de l'Alliance démocratique, a demandé un gouvernement de «compétences» assisté par une instance composée de différents partis politiques. Il a plaidé pour que l'ANC soit maintenue, mais qu'elle achève ses travaux, en particulier la rédaction de la Constitution qui est dans l'impasse, avant le 23 octobre.

En outre, le premier ministre islamiste Ali Larayedh a reçu le secrétaire général du puissant syndicat UGTT, Houcine Abassi, dont l'organisation réclame la formation d'un gouvernement de technocrates. Aucun des deux hommes n'a fait de déclaration à l'issue de la rencontre.

«La réunion a été longue pour évaluer la situation actuelle et les solutions pour sortir de la crise et pour la lutte contre le terrorisme», a simplement indiqué le ministre des Affaires sociales Khalil Zaouia.

M. Larayedh, soutenu par son parti islamiste Ennahda, a exclu cette semaine toute démission et a proposé comme sortie de crise de nouvelles élections le 17 décembre, une fois la Constitution adoptée. Cependant, le projet de loi fondamentale ne fait pas consensus et une soixantaine de députés réclament la dissolution de l'ANC.

Si les dissensions existent parmi les opposants, elles sont aussi importantes au sein du gouvernement: Ettaktol, un membre de la coalition, est favorable à une dissolution du cabinet et deux ministres, dont celui de l'Intérieur, ont réclamé un changement d'équipe à la tête du pays.

La Tunisie est plongée dans cette crise depuis l'assassinat le 25 juillet de Mohamed Brahmi. Les tensions et différends ont ensuite été exacerbés après la mort lundi de huit militaires dans une embuscade commise, selon le pouvoir, par un groupe «terroriste» islamiste.

Les autorités tunisiennes ont aussi fait état d'un attentat manqué dans la nuit de mardi à mercredi contre une patrouille de la gendarmerie.

Cette série d'attaques n'a pas été revendiquée, alors que le gouvernement a admis au printemps que des cellules d'Al-Qaïda étaient actives en Tunisie. Aucune arrestation n'a eu lieu par ailleurs.

Signe des craintes provoquées par ces violences, l'Algérie a annoncé jeudi avoir renforcé sa présence militaire à la frontière avec la Tunisie, l'attaque contre l'armée ayant eu lieu dans une zone frontalière où un groupe proche d'Al-Qaïda est actif, selon Tunis.