Élisabeth II, qui fête son jubilé de diamant, a accueilli aujourd'hui vendredi une cinquantaine de représentants de familles royales du monde entier pour un déjeuner au château de Windsor fort polémique, notamment en raison de la présence des souverains de Bahreïn et du Swaziland.

Béatrice Debut AGENCE FRANCE-PRESSE

Au coeur de la controverse autour du «lunch» de têtes couronnées figuraient Hamad Ben Issa Al-Khalifa, dont le régime est critiqué pour sa répression des manifestations antigouvernementales à Bahreïn, et Mswati III, auquel est reproché son luxueux train de vie alors que son royaume, le Swaziland, s'enfonce dans la misère.

La reine a accueilli ses invités à la mi-journée entourée de la quasi-totalité de la famille royale britannique, dont William et Kate.

Les touristes ont en revanche été frustrés de ne pouvoir visiter le château de Windsor, niché dans de somptueux jardins à moins d'une heure de Londres, et fermé au public pour la circonstance.

Le dispositif de sécurité était discret et ils n'ont aperçu que des limousines, dont certaines aux vitres teintées. «Tout ce chemin pour rien», pestait vendredi un touriste canadien déçu.

«La reine reçoit les rois et reines du monde entier dans les pièces que vous visitez habituellement», a expliqué très civilement un garde en grand uniforme avant de plaisanter: «Vous pouvez toujours essayer de vous faire passer pour roi et reine.»

Parmi la centaine de badauds, plusieurs Britanniques venus en voisins expliquent: «Je ne pense pas que la reine doive se mêler de politique», a dit Robert Charles, 72 ans. «C'est une occasion heureuse, renchérit Bernice MacEachern, 60 ans, la politique ne doit pas interférer.»

C'est pourtant la politique qui a contraint la reine Sofia d'Espagne à se décommander, 48 heures avant le déjeuner, en raison d'une brouille anglo-espagnole sur Gibraltar et les droits de pêche alentour. Le plus jeune fils de la reine d'Angleterre, le prince Edward, et sa femme, Sophie Rhys-Jones, doivent se rendre en visite officielle sur le rocher, au grand dam de Madrid, qui en revendique la souveraineté.

Quant au roi Juan Carlos, il se remet d'une fracture de la hanche qu'il s'est faite lors d'une chasse à l'éléphant au Botswana qui a fait scandale dans son pays.

Buckingham Palace s'est contenté de publier sans commentaires la liste des invités. Le Foreign office a rappelé que le roi de Bahreïn est «un ami et allié de longue date» du Royaume-Uni, et que Londres «soutient les réformes engagées» dans le royaume.

«La liste des invités montre une insensibilité totale aux souffrances des peuples persécutés par ces despotes», a estimé pour sa part Peter Tatchell, qui dénonce la présence de cinq souverains du monde arabe ainsi que des rois du Brunei et du Swaziland.

Ce militant des droits de l'homme a appelé à un rassemblement devant le palais de Buckingham à 16h30 GMT (12h30, heure de Montréal), où la plupart des convives devaient conclure la journée par un dîner présidé par le prince Charles, premier dans l'ordre de succession au trône.

Mercredi, une trentaine de personnes ont manifesté devant un grand hôtel londonien où le roi du Swaziland, 15e fortune royale du monde selon le magazine américain Forbes, résiderait avec sa suite.

Au Swaziland même, les groupes pro-démocratie ont estimé qu'Élisabeth II légitimait un «règne despotique».

La liste des invités comporte tout le gotha royal: l'empereur et l'impératrice du Japon, le roi et la reine de Belgique, les souverains danois, suédois et des Pays-Bas, Albert et Charlène de Monaco, les souverains déposés de Grèce (une lignée dont descend le duc d'Édimbourg), le prince et la princesse de Thaïlande, l'émir du Qatar, le roi et la reine de Jordanie, le prince saoudien, sans oublier le petit royaume du Tonga dans le Pacifique.