Le président ivoirien reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara n'avait jamais été aussi près de la victoire sur le chef d'État sortant Laurent Gbagbo que jeudi, alors que ses combattants étaient aux portes d'Abidjan, livrée aux violences et aux pillages.

Mis à jour le 31 mars 2011
Thomas Morfin AGENCE FRANCE-PRESSE

Abidjan, hérissée de barrages de jeunes pro-Gbagbo, était sous haute tension, la plupart des habitants préféraient rester chez eux redoutant une bataille finale dans cette métropole d'au moins quatre millions d'habitants.

Guillaume Soro, premier ministre du président Alassane Ouattara avait déclaré en fin d'après-midi que M. Gbagbo a «jusqu'à 19h (15h, heure de Montréal) pour démissionner». «Il faut que Laurent Gbagbo se rende pour éviter un bain de sang», car «sinon on viendra le chercher là où il est», a déclaré M. Soro à l'AFP lors d'un entretien téléphonique.

«S'il démissionne, c'est bien, sinon il sera traduit devant la justice internationale», a déclaré M. Soro. «On est aux portes d'Abidjan».

Le camp adverse et Laurent Gbagbo lui-même s'enfonçaient dans le silence et après l'expiration de l'ultimatum, Anne Ouloto, porte-parole de M. Ouattara annonçait l'instauration d'un couvre-feu à Abidjan, à partir de jeudi et jusqu'à dimanche, de 21h à 06h (de 17h à 2h, heure de Montréal).

«Les miliciens de Gbagbo, selon elle, pillent et terrorisent la population» et «il faut mettre fin à ce désordre».

Dans la foulée, le gouvernement de M. Ouattara a annoncé la fermeture des frontières: «Les frontières terrestres, aériennes et maritimes sont fermées jusqu'à nouvel ordre», a déclaré le ministre de l'Intérieur de M. Ouattara, Hamed Bakayoko.

À la nuit tombée, la situation restait des plus incertaines à Abidjan et il était la plupart du temps impossible de dire qui tirait, des forces armées loyales à M. Gbagbo, des miliciens ou des insurgés pro-Ouattara.

«On s'est enfermés dans la chambre, ça tire très fort puis ça s'arrête», a raconté à l'AFP une habitante de Cocody, quartier chic abritant la résidence de M. Gbagbo et la télévision d'État RTI.

Des soldats de la force française Licorne (900 hommes) sont intervenus à la suite de pillages dans un quartier sud de la ville où habitent des ressortissants européens, notamment français, et qui abrite de nombreux commerces.

Une source diplomatique occidentale avait indiqué auparavant que «l'avancée des forces de Ouattara a été étonnamment rapide». «Il reste à savoir si (...) le camp Gbagbo comprend que le jeu est fini ou s'il préfère jouer Fort Alamo».

«Nous savons que l'entourage de Gbagbo est pour une renonciation» mais «sa femme semble s'y opposer», a ajouté cette source, jugeant que «les sanctions (contre Gbagbo) ont fait leur effet. Il n'a payé personne en fin de mois».

Au quatrième jour d'une offensive éclair, les troupes de M. Ouattara présentes dans la moitié nord depuis 2002 avaient pris le contrôle de la grande majorité du pays, sans rencontrer de résistance majeure sauf dans quelques villes de l'ouest, région natale de M. Gbagbo.

Le chef de l'ONU en Côte d'Ivoire, Choi Young-jin, a annoncé que le blocus de l'hôtel du Golf à Abidjan -qui servait de base à Alassane Ouattara depuis l'élection présidentielle du 28 novembre- a été levé jeudi.

«Les 50 000 policiers et gendarmes armés ont tous quitté Gbagbo. Il n'y a que les forces spéciales de la Garde républicaine et les Cecos (commandos de forces spéciales)» qui restent, a-t-il déclaré sur France-Info.

Depuis le début de la crise postélectorale, fin novembre, qui a fait près de 500 morts selon l'ONU, M. Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, a résisté aux sanctions internationales, tant politiques qu'économiques, avant que son régime ne vacille sous l'effet de la pression militaire et d'une défection de poids.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Philippe Mangou, s'est réfugié mercredi à la résidence de l'ambassadeur sud-africain à Abidjan.

D'autres généraux se sont ralliés à Alassane Ouattara, a affirmé M. Soro sur la chaîne de télévision France 24.

Au fil des jours, les principales villes du pays sont tombées aux mains des combattants pro-Ouattara, souvent à bord de pick-up surmontés de mitrailleuses: la capitale politique Yamoussoukro (centre) mercredi, et jeudi le premier port d'exportation de cacao au monde, San Pedro (sud-ouest).

Amnesty International a mis en garde contre un risque de «violations massives des droits de l'homme» au moment où les forces d'Alassane Ouattara entreraient à Abidjan, «au bord du chaos».

Washington, qui a de nouveau appelé Gbagbo à quitter le pouvoir, a demandé aux deux camps de faire de la protection des civils «leur principale priorité». À New York, un responsable de l'ONU a annoncé que l'ONUCI a pris le contrôle de l'aéroport d'Abidjan jeudi.

Malgré le vacillement rapide de son régime, le président sortant entretenait encore jeudi soir le mystère sur ses intentions, livrer bataille ou se retirer.

Photo: Reuters

Les troupes d'Alassane Ouattara ont progressé rapidement depuis le début de leur vaste offensive lancée en début de semaine.