La crise en Côte d'Ivoire était samedi à un tournant, après la menace lancée par l'Afrique de l'Ouest à Laurent Gbagbo de le déloger par la force s'il persiste à se maintenir à la présidence malgré les appels internationaux à céder le pouvoir à Alassane Ouattara.

Thomas Morfin AGENCE FRANCE-PRESSE

Tristes fêtes de fin d'année pour un pays qui espérait, à la faveur de la présidentielle du 28 novembre, clore une décennie de crises précisément ouverte un jour de Noël 1999, avec le premier coup d'État de l'histoire du pays.

Lors de son message traditionnel de Noël, le pape Benoît XVI a appelé samedi à «une paix durable» en Côte d'Ivoire qui, déchirée entre deux présidents proclamés, le sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, ne cesse de s'enfoncer dans la crise depuis près d'un mois.

La tension est encore montée vendredi avec la ferme menace brandie par les pays de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) à l'adresse de Gbagbo: le recours à la «force légitime» s'il ne cède pas, mais aussi les poursuites internationales pour les violences récentes, qui ont fait 173 morts selon l'ONU entre le 16 et le 21 décembre.

C'est la première fois que Gbagbo, qui a ignoré jusque-là ultimatums et sanctions, est directement sous la menace d'une ppération militaire.

Délégation présidentielle

À l'issue d'un sommet de ses chefs d'État à Abuja (Nigeria), l'organisation sous-régionale a annoncé «un dernier geste» avec l'envoi d'«une délégation spéciale de haut niveau».

Le ministre béninois des Affaires étrangères a annoncé samedi que cette délégation serait composé des présidents béninois, sierra-léonais et cap-verdien, qui sont attendus mardi à Abidja.

«Le président Boni Yayi accompagné de ses pairs de la Sierra Leone et du Cap Vert se rendront mardi à Abidjan porteurs du message de la Cedéao (Communauté économique des états d'Afrique de l'Ouest) au président Laurent Gbagbo», a déclaré à l'AFP Jean Marie Ehouzou, ministre béninois des Affaires étrangères.

«Il est clair que la détermination de ces hommes d'État pour trouver une sortie par le dialogue à la crise est sans équivoque. Ils iront parler au président Gbagbo pour lui faire comprendre et essayer d'obtenir de lui de partir sans attendre du pouvoir comme le dit la Cédéao», a-t-il ajouté.

Le président cap-verdien Pedro Pires s'est dit jeudi «prêt» à s'«impliquer dans la recherche d'une solution pacifique à la crise qui sévit en Côte d'Ivoire».

Le troisième homme de la délégation ouest-africaine sera le président de Sierra Leone M. Ernest Koroma.

Le gouvernement d'Alassane Ouattara, coincé dans un hôtel de luxe d'Abidjan soumis à un blocus des Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles à Gbagbo, avait jugé cette semaine que la force était la «solution qui reste» pour expulser son rival du palais présidentiel.

Vendredi, sortant d'un silence de plusieurs semaines, Ouattara a solennellement appelé les FDS à se placer sous son autorité et à protéger la population contre les «atrocités» commises par des éléments armés, parmi lesquels «des mercenaires et des miliciens étrangers».

Gbagbo, qui s'est réaffirmé comme «le président de la République» malgré les appels innombrables à céder la place et les sanctions - interdictions de voyager - de l'Union européenne et des États-Unis, n'a montré aucune disposition à se plier aux injonctions.

L'un de ses avocats les plus enflammés, Charles Blé Goudé, ministre de la Jeunesse et chef des «jeunes patriotes», a d'ailleurs arpenté Abidjan cette semaine pour appeler ses partisans au futur «combat» pour la «souveraineté» ivoirienne. Il prévoit une grande manifestation «pacifique» mercredi dans la capitale économique.

Mais si le régime Gbagbo a en main des leviers essentiels comme l'armée, sur le plan financier la situation devient délicate.

Jeudi, l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) a décidé d'accorder à Ouattara le contrôle des comptes ivoiriens à la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Le gouvernement Gbagbo a rejeté une décision «illégale» qui pourrait s'avérer lourde de conséquences, même si les salaires des fonctionnaires pour décembre ont commencé à être payés ces derniers jours.

Enfin, dans la bataille diplomatique en cours, Ouattara a marqué un premier point avec la reconnaissance par l'Assemblée générale des Nations unies de son ambassadeur désigné auprès de l'organisation.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué une «décision importante» qui «reflète la position unie de la communauté internationale concernant la légitimité» du gouvernement Ouattara.