Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été placé en cellule d'isolement à Londres, sans que cesse pour autant la publication de télégrammes diplomatiques, alors que le site a publié environ 0,5% des quelque 250 000 documents confidentiels qu'il affirme détenir.

Publié le 10 déc. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Julian Assange, incarcéré depuis mardi à Londres pour une affaire de viol présumé, a été placé dans une cellule d'isolement, selon un de ses avocats Jennifer Robinson. La prison de Wandsworth à Londres où il est détenu a pris cette décision «pour sa propre sécurité», a déclaré à l'AFP Me Robinson.

«Il n'a pas de loisirs, il a des difficultés pour passer des coups de téléphone, il est seul», a ajouté Me Robinson.

M. Assange a demandé à disposer d'un ordinateur portable pour pouvoir préparer sa défense, son avocate expliquant sans plus de précision, qu'il avait des «problèmes pour écrire».

Il se dit «frustré de ne pouvoir répondre aux allégations contre lui au sujet des différentes attaques de piratage» visant des sites adversaires de WikiLeaks. «Il m'a dit qu'il n'était absolument pas impliqué et qu'il s'agissait d'une tentative délibérée d'associer WikiLeaks, qui est une organisation de presse, à des pirates informatiques, ce que WikiLeaks n'est pas», a indiqué Mme Robinson.

Selon des experts, les attaques contre les sites «adversaires» de WikiLeaks, comme les sociétés de crédit qui ont suspendu leurs paiements au site, relèvent davantage d'une «vague communauté en ligne» que d'une riposte concertée.

Pour Allan Friedman, directeur de recherches aux États-Unis à la Brookings Institution, les «Anonymous» à l'origine de ces cyber-attaques ont réussi à «faire de l'agitation mais sont jusqu'à présent loin d'avoir fait quoi que ce soit qui ait un impact durable».

Julian Assange a été arrêté mardi à Londres dans le cadre d'une affaire disctincte de WikiLeaks, pour viol et violences sexuelles présumés en Suède, pays qui réclame son extradition.

Mais son arrestation coïncide avec la divulgation depuis fin novembre par WikiLeaks de près de 1.200 télégrammes diplomatiques américains. Ses avocats craignent qu'une fois en Suède, il ne soit extradé aux États-Unis, où il est devenu l'ennemi public numéro un.

Plusieurs dirigeants, dont le Président brésilien Lula et le premier ministre russe Vladimir Poutine, ont apporté leur soutien à M. Assange.

Son arrestation, les tentatives de couper le robinet financier à WikiLeaks et les attaques dont le site est l'objet n'ont en tout cas pas réussi à empêcher la publication des télégrammes, et chaque jour apporte son lot de révélations.

Les dernières notes diplomatiques publiées vendredi montrent que les États-Unis soupçonnaient dès le début des années 2000 la junte birmane de développer un programme nucléaire, redoutant déjà un développement de ses liens avec la Corée du Nord.

Une autre note diplomatique révèle que le géant américain de la pharmacie Pfizer a cherché à obtenir des informations compromettantes sur l'ancien procureur général du Nigeria pour qu'il abandonne des poursuites sur un test de médicaments qui aurait provoqué la mort de onze enfants.

Face aux attaques dont il est l'objet, WikiLeaks avait appelé dimanche à créer des sites miroir, un appel suivi par depuis des centaines de sites de partisans à travers le monde. Vendredi matin, WikiLeaks recensait 1 559 sites miroirs.

Par ailleurs des dissidents de WikiLeaks fâchés Julian Assange ont annoncé vendredi le lancement prochain d'un projet concurrent, baptisé OpenLeaks. Contrairement à WikiLeaks, il ne publiera pas directement sur Internet, mais permettra à des médias partenaires de recevoir des informations.