Martelly ou Manigat? Le second tour du scrutin présidentiel s'est déroulé hier sous le regard placide de la communauté haïtienne de Montréal. Il faudra attendre encore plusieurs jours avant de connaître le nom du nouveau chef d'État du pays.

Mis à jour le 21 mars 2011
Anabelle Nicoud LA PRESSE

«Il n'y a rien, vraiment. C'est juste une élection!» D'une oreille distraite, Jean-Robert écoute sur CPAM, radio haïtienne de Montréal, les déroulements de cette journée électorale en Haïti. Pas de congé aujourd'hui pour ce chauffeur de taxi montréalais, partisan de Mirlande Manigat. «On va attendre les résultats», dit-il.

Un certain cynisme

Entre l'ancienne première dame Mirlande Manigat et le chanteur populaire Michel Martelly, les jeux sont serrés. Malgré le suspense, certains Montréalais d'origine haïtienne observent avec un certain cynisme la joute électorale. «On ne sait pas ce qu'il va se passer, mais il y a beaucoup de magouillage là-bas. Mirlande Manigat, c'est Maman Magouilleuse, ou Mirlande Manigance. Cette élection n'est pas crédible, mais le peuple a le gouvernement qu'il mérite. Ces candidats sont le produit du pays, et aucun d'entre eux ne peut satisfaire l'ambition du peuple», juge Fritz, rencontré dans un casse-croûte haïtien.

Martelly ou Manigat? «Ça m'est égal», lâche Franz. Dans le salon de barbier qu'il tient, la télévision diffuse le dernier match du Canadien. «On ne peut qu'espérer qu'un président fasse quelque chose pour reconstruire le pays», dit-il, le regard rivé vers le petit écran.

Pierre Emmanuel, rédacteur en chef de la station de radio CPAM, qui suit scrupuleusement le déroulement du scrutin, croit que la communauté haïtienne est elle aussi partagée entre les deux candidats. «La réalité des Haïtiens n'a pas changé depuis le séisme. C'est extrêmement serré», dit-il. L'opinion des Montréalais d'origine haïtienne, privés de scrutin dans leur pays natal, pèsera aussi dans la balance. «Ce n'est pas seulement pour les collectes de fonds que les candidats rencontrent la diaspora. Ils savent qu'ils peuvent influencer leur famille restée en Haïti», rappelle-t-il.