Aucune sortie de crise n'est en vue en Haïti à quelques jours de la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle, le candidat évincé de justesse du second tour, Michel Martelly, ayant exclu vendredi de participer au recomptage des voix.

Mis à jour le 10 déc. 2010
Andrew Gully AGENCE FRANCE-PRESSE

Michel Martelly, un chanteur populaire arrivé en troisième position juste derrière le candidat du pouvoir lors du premier tour organisé le 28 novembre, s'est dit convaincu que le président sortant René Préval et le candidat de son parti (Inite) Jude Célestin ont manipulé les résultats du scrutin.

«Nous avons un gros problème avec le recomptage des voix dans la mesure où pas moins de 3000 procès-verbaux frauduleux ont été ajoutés. Ils n'auraient pas du être comptés», a déclaré M. Martelly au cours d'un entretien avec l'AFP.

«Cela a été fait sur instruction du président Préval pour que M. Célestin l'emporte. Il essaye d'installer son homme a la tête du pouvoir», a-t-il poursuivi.

Le Conseil électoral haïtien (CEP) a annoncé jeudi qu'il allait «enclencher une procédure d'urgence et exceptionnelle de vérification» des résultats des trois candidats en tête après deux jours de manifestations post-électorales dénonçant des fraudes au profit du candidat du pouvoir, qui ont fait plusieurs morts.

Le processus de vérification devait initialement être assuré par une commission mixte composée du CEP, des candidats à la présidence concernés, d'observateurs nationaux et internationaux ainsi que des partenaires de la communauté internationale.

«Je ne veux pas faire partie de ça», a déclaré M. Martelly. «Ils ont organisé la fraude et je suis convaincu qu'ils sont prêts a tout pour rester au pouvoir. C'est un piège», a-t-il dit.

Les résultats définitifs du premier tour doivent être annoncés le 20 décembre et le deuxième tour doit être organisé le 16 janvier.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a de nouveau exprimé vendredi «son inquiétude à propos des allégations de fraude» dans le processus électoral en Haïti et a appelé tous les acteurs politiques et leurs partisans au calme.

La crise politique risque d'accentuer l'isolement du pays alors que les vols internationaux étaient toujours suspendus vendredi à la mi-journée à l'aéroport de Port-au-Prince.

Le patron de la puissante commission judiciaire du sénat américain a même demandé vendredi le gel des aides américaines pour Haïti et un moratoire sur l'attribution de visas aux responsables haïtiens, à défaut d'obtenir la garantie d'élections démocratiques en Haïti.

«Comme si Haïti ne faisait pas face a suffisamment de problèmes, maintenant, une fois encore, ceux qui sont au pouvoir essayent de corrompre la volonté du peuple», a déclaré le sénateur démocrate Patrick Leahy.

La figure de proue des ultra-conservateurs américains Sarah Palin a en tout cas décidé de se rendre sur place ce week-end afin de se rendre compte des besoins du pays touché par une épidémie de choléra qui a fait 2193 morts depuis la mi-octobre, selon le bilan diffusé vendredi.

Seule touche positive dans le pays: le nombre de réfugiés vivant dans des camps depuis le séisme du 12 janvier, qui a dévasté une partie d'Haïti, a baissé d'un tiers ces derniers mois, a annoncé vendredi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Quelque 500 000 personnes déplacées ont désormais quitté les camps, selon l'OIM. De 1,5 million de personnes pendant l'été, le nombre de déplacés est ainsi tombé à un million fin novembre, d'après l'organisation.