Le scandale des prêtres pédophiles qui ébranle l'Église catholique a connu de nouveaux développements jeudi avec notamment la démission d'un évêque irlandais, les excuses des évêques britanniques, des menaces de poursuites en Autriche et le dépôt d'une plainte aux États-Unis mettant en cause le Vatican.

Nicole Winfield ASSOCIATED PRESS

Le pape Benoît XVI a accepté la démission de l'évêque James Moriarty, qui a admis n'avoir pas remis en cause l'ancienne politique de dissimulation des affaires de prêtres pédophiles au sein de l'Église irlandaise. C'est le troisième évêque irlandais à démissionner en quatre mois.

À la tête du diocèse de Kildare, Mgr Moriarty, 73 ans, a expliqué qu'il démissionnait après avoir compris que «le renouveau doit commencer en acceptant la responsabilité du passé». Mercredi, le pape avait promis une «action de l'Église» non précisée face au scandale.

Mgr. Moriarty avait proposé de démissionner en décembre après avoir admis ne pas avoir remis en cause l'ancienne pratique de l'archidiocèse de Dublin qui consistait à cacher à la police les plaintes concernant des abus sexuels sur des enfants. Il avait servi comme évêque auxiliaire de Dublin de 1991 à 2002.

De son côté, l'Église catholique britannique a présenté ses excuses jeudi pour les abus sexuels commis par certains de ses prêtres sur des enfants. Dans un communiqué diffusé au nom des évêques britanniques, l'archevêque de Westminster, Vincent Nichols, a déploré un «profond scandale» qui «jette l'opprobre sur l'ensemble de l'Église». Ces abus sexuels «plongent l'Église entière dans une honte profonde», et constituent «un grave péché contre Dieu», a-t-il ajouté.

En Autriche, des avocats représentant des victimes d'abus sexuels présumés ont, eux, menacé de saisir la justice si l'Église catholique ne remplissait pas plusieurs exigences. Ils demandent qu'elle présente des excuses, accepte de verser des compensations financières, paie les frais de thérapie, ouvre ses archives et mette en place un système pour éviter à l'avenir de tels abus et leur dissimulation.

Aux États-Unis, l'avocat d'une victime présumée du père Lawrence Murphy a annoncé le dépôt d'une plainte qui reproche à Benoît XVI et à de hauts responsables du Vatican de ne pas avoir défroqué ce prêtre du Wisconsin, malgré les allégations selon lesquelles il aurait abusé d'au moins 200 enfants sourds entre 1950 et 1975.

Selon Me Jeff Anderson, son client avait adressé des lettres au Vatican en 1995 demandant que le père Murphy soit révoqué, mais il n'avait reçu aucune réponse. L'avocat a précisé que la plainte déposée devant un tribunal fédéral réclamait la publication de dossiers secrets du Vatican détaillant des allégations d'abus sexuels visant le clergé.

Dans un communiqué, l'avocat américain du Vatican, Me Jeffrey Lena, a réfuté toute implication du Vatican dans les abus sexuels pratiqués par des prêtres américains à l'encontre d'enfants sourds. Exprimant la sympathie du Vatican à l'égard des victimes du prêtre Murphy, Me Lena a souligné que le Vatican n'avait été informé de ces crimes que plusieurs décennies après leur occurrence et ne pouvait donc pas en être tenu responsable. Me Lena a ajouté que la plainte était, en grande partie, dénuée de fondement, s'appuyant sur des théories déjà rejetées par les tribunaux américains.

Au Brésil, l'évêque catholique Valerio Breda a apporté son plein soutien à l'enquête menée par la police sur trois prêtres accusés d'abus sexuels dans sa région. L'affaire jette «la honte et le déshonneur» sur l'Église, écrit-il dans une lettre ouverte rendue publique jeudi.

Enfin, en Allemagne, l'évêque d'Augsbourg, Walter Mixa, accusé d'avoir maltraité des enfants, a présenté sa démission. Il a écrit une lettre à Benoît XVI, où il se propose de démissionner afin de permettre un «nouveau départ» pour son diocèse.

L'évêque est accusé d'avoir maltraité des enfants physiquement il y a plusieurs décennies. Il a d'abord démenti ces accusations, avant d'admettre qu'il avait peut-être giflé quelques enfants. Mardi, il avait présenté des excuses.

Trois femmes et deux hommes ont affirmé fin mars que Walter Mixa les avait battus à mains nues ou à l'aide d'instruments, comme des bâtons ou des cuillères en bois, dans les années 1970 et 80 alors qu'il était prêtre à Schrobenhausen, en Bavière.