Ariel Castro a été condamné à la prison à vie jeudi pour avoir séquestré et violé pendant une décennie trois femmes, au cours d'une audience marquée par le témoignage poignant d'une victime et le plaidoyer confus du tortionnaire de Cleveland.

Mis à jour le 1er août 2013
Mira OBERMAN AGENCE FRANCE-PRESSE

Ariel Castro a eu beau plaider qu'il n'était pas un «monstre», le juge Michel Russo lui a promis qu'il ne sortirait jamais de prison, en lui infligeant la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de prison de 1000 ans.

«Monsieur, il n'y a pas de place ni dans cette ville, ni dans ce pays, ni en fait dans ce monde, pour ceux qui réduisent les autres à l'esclavage, pour ceux qui agressent sexuellement et qui brutalisent», a fustigé le juge.

Pour échapper à la peine de mort, l'ancien chauffeur de bus scolaire avait plaidé coupable de 937 chefs d'enlèvements, viols et meurtre aggravé - pour avoir mis fin à la grossesse d'une de ses victimes en la rouant de coups.

«Je ne suis pas un monstre, je suis une personne normale, je suis juste malade», avait auparavant plaidé le quinquagénaire d'origine portoricaine, vêtu de la tenue orange de prisonnier, les poignets et les chevilles entravés.

Pendant sa déposition devant le juge, Ariel Castro, le visage rond couvert d'une barbe poivre et sel et barré de lunettes rectangulaires, s'est retourné de temps à autre vers Michelle Knight, 32 ans, l'une de ses trois victimes, assise dans la salle d'audience.

«Je sais que j'ai tort à 100%», mais «je pense que je suis dépendant de la pornographie au point que cela me rend impulsif et je ne réalise pas que ce que je fais est mal», «je suis dépendant, comme d'autres sont dépendants de l'alcool», a-t-il dit avant de demander pardon à ses victimes. «Je suis vraiment désolé», a-t-il dit, «vous savez toutes ce qui s'est passé dans cette maison», a-t-il ajouté, et, se tournant vers le juge: «Je veux vous dire qu'il y avait une harmonie dans cette maison».

«En enfer pour l'éternité»

«Je n'ai jamais battu ces femmes, je ne les ai jamais torturées», a-t-il assuré fermement, poursuivant ses déclarations décousues. «La majorité des relations sexuelles qui ont eu lieu dans cette maison, presque toutes, étaient consenties. Dire que je les ai forcées est complètement faux, il y a même des fois où elles demandaient».

Ses déclarations suivaient le témoignage poignant de Michelle Knight, qui a raconté en pleurs devant la cour «l'enfer» qu'elle a vécu dans la maison de Cleveland. «J'ai vécu 11 ans d'enfer, maintenant votre enfer ne fait que commencer», a-t-elle promis à son bourreau, en essuyant ses larmes.

«Je surmonterai ce qui s'est passé. Vous vivrez en enfer pour l'éternité», a-t-elle dit, lisant un texte. «Je peux vous pardonner, mais je ne pourrai jamais oublier», a-t-elle ajouté. «Je vivrai (...) pendant que vous mourrez à petit feu chaque jour en pensant aux 11 années et aux atrocités que vous nous avez infligées.»

Les policiers ont décrit au tribunal l'horreur qu'ils ont découverte dans la maison d'Ariel Castro. «Je me souviens, c'était très sombre», a rapporté Barb Johnson. Michelle Knight s'est «littéralement jetée dans les bras» d'un second policier et répétait sans cesse: «Vous nous avez sauvées, vous nous avez sauvées».

«Bien qu'elles aient souffert terriblement, Mmes Knight, DeJesus et Berry ont toujours gardé espoir. Elles ont persévéré et ont fini par l'emporter», a dit le juge Russo, en leur souhaitant «la réussite et un sentiment de paix».

Michelle Knight, 32 ans, Amanda Berry, 27 ans, et Gina DeJesus, 23 ans, avaient été enlevées entre 2002 et 2004, alors qu'elles n'avaient respectivement que 20, 16 et 14 ans. Durant leur séquestration, elles ont été battues et violées à de très nombreuses reprises. Amanda Berry a également eu une petite fille, Jocelyn, âgée de 6 ans au moment de leur libération. Des analyses ADN ont confirmé que Castro était bien son père.

Castro avait été arrêté début mai après qu'Amanda Berry fut parvenue à s'enfuir de la maison.

Journaux intimes

Dans des journaux intimes qu'elles ont conservés, les trois jeunes femmes décrivent comment elles ont été violées, battues, enchaînées à un mur et enfermées dans le noir.

Dans un mémo rendu public peu avant l'audience, elles disent avoir été «traitées comme un animal», dans l'attente «de la prochaine séance de torture» et «menacées d'être tuées» par leur ravisseur.

Elles y évoquent aussi leurs «rêves d'un jour s'échapper et d'être réunies avec leurs familles».

Au tribunal jeudi, l'officier de police Barb Johnson a raconté comment elle avait découvert les trois jeunes femmes en captivité, plus de dix ans après leur enlèvement.

«Je me souviens, c'était très sombre», a-t-elle rapporté, parlant de la difficulté à monter les escaliers, gênée par des meubles et de «lourds rideaux». Puis Michelle Knight qui s'est «littéralement jetée dans les bras» du policier et répétait sans cesse: "vous nous avez sauvées, vous nous avez sauvées"».

Des photos assez glauques de la maison telle qu'elle était lors de la libération des jeunes femmes ont aussi été montrées à la cour.

Le plaider coupable de Castro contenant les 977 chefs d'accusation retenus contre lui ainsi que des fuites sur les rapports de la police ont permis d'avoir un aperçu de l'horreur endurée par les victimes.

Michelle Knight, qui fut la première à être enlevée en 2002 et est celle qui aurait subi le plus d'abus, a été mise enceinte quatre fois durant sa captivité.

Photo AP

Une maquette de la maison de Castro, présentée au tribunal.

Elle a raconté à la police que son tortionnaire l'avait laissée quasiment sans nourriture durant deux semaines, avant de se rendre compte qu'elle était enceinte et de la battre violemment dans le ventre à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'elle fasse une fausse couche.

Amanda Berry, enlevée en 2003, la veille de son 17e anniversaire, a elle été autorisée à accoucher du bébé qu'elle portait. Elle a été contrainte de donner naissance à sa fille dans une petite piscine en plastique pour enfants le jour de Noël 2006. Selon le rapport de police, Castro a forcé Michelle Knight à y assister, assurant que «si le bébé mourait, (il la) tuerait».

Gina DeJesus, enlevée en 2004, a quant à elle indiqué aux enquêteurs que toutes trois étaient dans un premier temps enchaînées dans le sous-sol, avant d'être autorisées à vivre dans la maison sans entraves mais derrière des portes verrouillées.