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Procès Al-Jazeera: Sissi refuse de «s'ingérer» dans les affaires judiciaires

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Notre dossier sur le soulèvement populaire qui secoue l'Égypte. »

Sarah Benhaida
Agence France-Presse
Le Caire

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a dit mardi refuser de «s'ingérer» dans les affaires de la justice, au lendemain de la condamnation de trois reporters d'Al-Jazeera à 7 et à 10 ans de prison, qui a provoqué un tollé international.

Lundi, l'Australien Peter Greste, l'Égypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy et l'Égyptien Baher Mohamed, détenus depuis cinq mois, ont été condamnés à 7 et à 10 ans de prison pour soutien aux islamistes. En outre, deux reporters britanniques de la chaîne qatarie et une journaliste néerlandaise, jugés par contumace, ont écopé de 10 ans.

Les 20 accusés dans cette affaire peuvent désormais se pourvoir en cassation et, une fois tous les recours épuisés, demander une grâce présidentielle. Si les États-Unis et l'Australie ont déjà appelé M. Sissi à la leur accorder, un responsable à la présidence égyptienne a affirmé à l'AFP qu'elle ne pourrait intervenir avant un verdict en appel.

Mardi, M. Sissi n'a pas évoqué cette disposition, mais a prévenu: «Nous ne nous ingérerons pas dans les affaires judiciaires», «même si d'autres ne les comprennent pas».

L'Australie, «consternée» par cette affaire «politique», a exigé une grâce de Peter Greste. La Haye, Londres et Paris ont convoqué les ambassadeurs d'Égypte. La représentante de l'ONU pour les droits de l'Homme, Navi Pillay, s'est dite «choquée et très alarmée». Amnesty International a évoqué «un jour noir pour la liberté de la presse» et Human Rights Watch a dénoncé des «juges pris dans l'hystérie anti-Frères musulmans encouragée par Sissi».

Plusieurs rassemblements silencieux ont eu lieu mardi à travers le monde en soutien aux reporters, notamment au siège de la BBC, ex-employeur de M. Greste, à Londres, et au Club de la presse étrangère à Hong Kong. «Ce verdict est injuste et cette affaire n'a aucun fondement», a lancé James Harding, rédacteur en chef de la BBC.

Al-Jazeera, qui avait envoyé ses journalistes travailler sans accréditation en Égypte où son bureau avait été fermé, a aussi qualifié le verdict d'«injuste». Cette décision n'est que le dernier épisode du bras de fer entre Le Caire et le Qatar qui, malgré les pressions, continue de défendre les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi.

«Beaucoup de juges pensent que l'Etat était menacé» sous la présidence Morsi, «ils prennent aujourd'hui une revanche», estime le politologue Hassan Nafaa, «avec des verdicts extrêmement sévères et non justifiés: des centaines de condamnations à mort, des journalistes envoyés en prison».

Climat maccarthyste

Le verdict de lundi n'est qu'un nouvel épisode des graves atteintes aux droits de l'Homme dans le pays, où il y a un an, M. Sissi alors chef de l'armée destituait le premier président élu démocratiquement en Égypte, l'islamiste Morsi.

Depuis juillet, plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont été tués, 15.000 personnes arrêtées et des centaines condamnées à mort par une justice qui achève de bâillonner l'opposition en prononçant de sévères peines de prison à l'encontre de plusieurs figures des mouvements de la jeunesse progressiste.

«Ces dernières décisions viennent confirmer que l'Égypte est saisie par un climat purement maccarthyste», estime Karim Bitar, spécialiste du Moyen-Orient, pour qui «l'Égypte a besoin d'un État de droit et non pas d'un bonapartisme voulant se montrer magnanime».

M. Sissi se retrouve désormais devant deux choix: se montrer ferme et prouver sur la scène nationale qu'il est bien l'homme à poigne qu'une majorité réclame après trois ans de «chaos». Ou accorder la grâce réclamée par une communauté internationale dont les condamnations ne sont que verbales.

Pour les experts, Le Caire sait qu'il peut compter sur plusieurs atouts de taille: aucune capitale ne peut se brouiller durablement avec le premier pays arabe à avoir fait la paix avec Israël et poids lourd de la politique arabe.

Ainsi, comme à chaque crise depuis la révolte de 2011 qui a mis fin à 30 ans de pouvoir autoritaire de Hosni Moubarak, les États-Unis ont redit leur «effroi» sur le bilan des droits de l'Homme en Égypte, mais n'ont à aucun moment remis en cause le déblocage du tiers de la substantielle aide à l'armée --1,3 milliard de dollars--, leur «meilleur investissement» pour la stabilité dans la région, selon le secrétaire d'État John Kerry.

La presse égyptienne évoquait mardi le verdict contre les «terroristes» --le vocable désormais systématiquement accolé à la confrérie-- accusés d'avoir «terni l'image de l'Égypte», une accusation qui porte dans un pays à la fibre nationaliste exacerbée.

Les rares voix dénonçant le verdict en Égypte se trouvaient sur les réseaux sociaux, à l'image du célèbre blogueur The Big Pharaoh qui choisit la comparaison. «Journalistes: 7 à 10 ans de prison. Moubarak: 3 ans pour 30 ans de corruption.




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