Un ministre a écarté dimanche l'idée d'un dialogue avec les islamistes tant qu'ils n'auraient pas reconnu les autorités ayant remplacé le président Mohamed Morsi destitué par l'armée, éloignant un peu plus une éventuelle réconciliation en Égypte.

Publié le 17 nov. 2013
Samer AL-ATRUSH AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis la destitution et l'arrestation de M. Morsi le 3 juillet, le pays est profondément divisé entre partisans des autorités installées par l'armée et soutiens des islamistes - Frères musulmans en tête - réprimés dans le sang par ce même pouvoir.

Samedi, la coalition des partisans de M. Morsi chapeautée par les Frères musulmans, la confrérie du chef de l'État destitué, avait lancé un appel au «dialogue» pour «sortir (l'Égypte) de la crise», mais le ministre de la Solidarité sociale, Ahmed el-Boraie, a affirmé dimanche à l'AFP que les islamistes devraient se plier à certaines règles avant de pouvoir entamer ce dialogue.

Ainsi, les pro-Morsi, qui dénoncent un «coup d'État» et accusent l'armée et son chef, le général Abdel Fattah al-Sissi qui a annoncé le 3 juillet la destitution de M. Morsi, d'être des «putschistes», devront «reconnaître que le 30 juin a été une révolution populaire et accepter la feuille de route sur laquelle le peuple égyptien s'est mis d'accord pour construire un État moderne», a déclaré M. Boraie.

Le 30 juin, des millions d'Égyptiens avaient manifesté pour réclamer le départ de M. Morsi. C'est sur cette mobilisation que les militaires se sont appuyés pour destituer et arrêter le président islamiste. Quant à la feuille de route, elle encadre la transition et prévoit des élections législatives en février ou mars, et une élection présidentielle à l'été.

Par ailleurs, les Frères musulmans, qui appellent régulièrement à manifester «pacifiquement», devront «s'excuser, arrêter les violences» et accepter que leurs membres jugés pour meurtre ou «terrorisme» «soient exclus de toute idée de réconciliation», a ajouté le ministre.

Cette dernière condition pourrait également faire achopper la réconciliation, car les Frères musulmans insistent pour que leurs dirigeants soient libérés et exigent la garantie qu'ils pourront participer aux prochaines élections, tandis que les nouvelles autorités ont arrêté des milliers d'islamistes - dont la quasi-totalité de la direction de la confrérie - et que M. Morsi et les plus hauts dirigeants de sa confrérie sont actuellement incarcérés et jugés pour «incitation au meurtre» de manifestants.

Samedi, un comité de juges a recommandé la dissolution du Parti Liberté et Justice, vitrine politique des Frères musulmans, qui avait largement remporté les législatives fin 2011 et ensuite la présidentielle en juin 2012.

Depuis la mi-août et la dispersion dans un bain de sang des pro-Morsi au Caire, plus d'un millier de personnes ont péri et des milliers d'islamistes ont été arrêtés.

«Appel à un dialogue profond»

La coalition des pro-Morsi avait appelé samedi «toutes les forces révolutionnaires, partis politiques et personnalités patriotiques à entamer un dialogue profond pour sortir de la crise actuelle».

Pour Ahmed al-Mouslimani, conseiller du président par intérim pour les médias, cet appel ne concerne donc pas le gouvernement. «Ils appellent à discuter avec les 'forces politiques', pas avec la présidence ou les autorités. C'est aux forces politiques de leur répondre, pas à la présidence», a-t-il dit à l'AFP.

Mohamed Bishr, membre du bureau de la Guidance des Frères musulmans a d'ailleurs expliqué dimanche à l'AFP que cette initiative «ne s'adressait ni au gouvernement ni à l'armée», mais «visait à élargir la coalition» à tous ceux qui «peuvent ne pas être d'accord avec les Frères musulmans, mais soutiennent le processus démocratique».

M. Bishr est l'un des derniers dirigeants de la confrérie à ne pas avoir été arrêté au cours de la vaste répression lancée par les nouvelles autorités.

Si, pour la première fois, l'appel de samedi n'évoque que de façon évasive le retour au pouvoir de M. Morsi, habituellement posé comme condition préalable à toute négociation, M. Bishr a assuré à l'AFP que les islamistes n'avaient pas abandonné cette demande. Selon lui, les détails de la procédure - le retour de M. Morsi et sa démission - feront l'objet de négociations, mais après l'ouverture des discussions.

Des responsables des Frères musulmans concèdent d'ailleurs en privé qu'ils pourraient accepter une sortie «constitutionnelle» pour M. Morsi, une démission par exemple.