L'arrestation de Saïf al-Islam, fils de l'ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, et son éventuel procès pourraient se révéler embarrassants pour l'establishment britannique avec qui il a entretenu des liens étroits pendant de nombreuses années, ont estimé lundi des analystes.

Publié le 21 nov. 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Sunday Times a affirmé ce week-end que l'un des donateurs du Parti travailliste avait rencontré en Libye, à deux reprises en 2008 et 2009, Saïf al-Islam pour décrocher 300 000 livres (490 670$) pour la prestigieuse London School of Economics (LSE), dont le fils Kadhafi est diplômé.

Un don embarrassant qui avait conduit le directeur de la LSE, Howard Davies, à démissionner en ce début d'année.

Des interrogations sont aussi apparues sur le rôle de Saïf al-Islam dans les négociations pour obtenir la libération du Libyen Abdelbaset al-Megrahi, condamné pour l'attentat de Lockerbie en 1988 en Écosse qui avait fait 270 morts. Le gouvernement écossais l'avait libéré en 2009 pour des raisons médicales.

Saïf al-Islam en savait probablement beaucoup sur le «processus de rapprochement» entre Londres et Tripoli, à partir de 2003 quand la Libye a renoncé à son programme d'armes de destruction massive, a estimé Shashank Joshi, de l'institut Rusi spécialisé dans les questions de défense.

«Il est possible qu'il connaissait la teneur diplomatique des échanges entre le Royaume-Uni et la Libye», a-t-il ajouté. Mais il est improbable qu'un juge lui donne l'occasion d'utiliser le tribunal comme «un mégaphone», a-t-il tempéré.

Il y a matière «à embarras» du côté de Londres, a cependant estimé Rosemary Hollis, experte du Moyen-Orient à la London's City University.

«C'est évident qu'un certain nombre de personnes entretenaient des relations étroites et personnelles avec lui», a-t-elle ajouté. «Mais je ne m'attends pas à des révélations majeures», a-t-elle encore dit.

Saïf al-Islam, arrêté en fin de semaine dernière dans le sud de la Libye, avait encore récemment ses entrées dans les cercles proches du pouvoir à Londres, notamment auprès de Peter Mandelson, éminence grise de l'ancien gouvernement travailliste, de Nat Rothschild, riche héritier de l'empire financier, ou encore du prince Andrew, fils cadet de la reine Elizabeth II.