La lassitude et la discorde se font sentir au sein de l'OTAN après trois mois de frappes en Libye qui n'ont pas réussi à déloger le colonel Kadhafi et alors qu'aucune issue ne paraît imminente dans un conflit que les alliés restent pourtant déterminés à gagner.

Laurent Thomet AGENCE FRANCE-PRESSE

L'opération a déjà duré plus longtemps que certains l'avaient anticipé quand l'OTAN en a pris la direction le 31 mars, prenant le relais d'une coalition occidentale qui avaient lancé les premières salves deux semaines plus tôt.

Alors que la mission de l'Alliance atlantique en Libye entrera dans son quatrième mois vendredi, les tiraillements se font plus forts.

L'Italie a réclamé la semaine dernière une suspension des hostilités et certains des plus petits alliés ressentent l'usure d'une opération où les sorties aériennes se succèdent à un rythme élevé.

La Norvège, qui a envoyé six chasseurs F-16, a annoncé qu'elle allait mettre fin à son engagement dès le 1er août.

Et mercredi, la Grande-Bretagne a exprimé ouvertement son désaccord avec la décision de son partenaire français de parachuter des armes légères à destination des rebelles, début juin.

«C'est quelque chose qui regarde la France, mon intention n'est pas de critiquer la France», a déclaré à Bruxelles le secrétaire d'État britannique à la Défense, Gerald Howarth. «Mais ce n'est pas quelque chose que nous devrions faire», a-t-il estimé, ajoutant aux frictions entre alliés.

Le commandant de l'opération, le général Charles Bouchard, refuse pourtant de baisser le rythme, expliquant que l'Otan a engrangé des «progrès significatifs» en ramenant de la «normalité» dans l'est du pays contrôlé par les rebelles et en enregistrant également des succès dans l'ouest.

«Je ne pense pas qu'une réduction de l'opération soit appropriée à ce stade. En fait, nous continuons», a assuré mardi le général Bouchard.

L'alliance a décidé de poursuivre son action au moins jusqu'à la fin septembre, et au-delà si nécessaire.

«Changement de régime inévitable»

«L'opération a rencontré plus de succès qu'il n'y paraît», estime pour sa part l'expert militaire Shashak Joshi, du Royal United Service Institute de Londres.

Les alliés ont «dégradé les capacités militaires de Kadhafi, il l'ont acculé, ont réduit ses forces à l'extrême et rendu un changement de régime pratiquement inévitable», a déclaré M. Joshi.

«Mais c'est vrai que tout cela se déroule dans un laps de temps politiquement risqué et qui a déjà causé certaines dissensions sérieuses», a-t-il ajouté.

Le secrétaire américain à la Défense sortant, Robert Gates, a lui sorti l'artillerie en reprochant aux Européens de trop compter sur les moyens, notamment financiers, des États-Unis.

Une charge que n'a guère appréciée le président français Nicolas Sarkozy, fer de lance de l'opération en Libye pour sauver Benghazi. Il a dénoncé ces critiques, les attribuant perfidement à «l'amertume» de «quelqu'un qui part à la retraite».

En Libye, seuls huit des 28 pays de l'OTAN - États-Unis, Belgique, Canada, Danemark, France, Italie, Norvège et Royaume-Uni - participent aux frappes aériennes et la moitié des membres de l'alliance n'apporte aucune contribution.

Londres, Paris et Washington ont appelé d'autres pays à participer aux frappes, en vain jusqu'ici.

«C'est un défi de trouver quelqu'un pour se joindre à l'opération», a reconnu un diplomate de l'OTAN s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

Mais pour Shashak Joshi, la France et le Royaume-Uni ont trop investi politiquement dans ce conflit pour encore faire marche arrière, avec ou sans soutiens supplémentaires.