Les États-Unis ont refusé jeudi de revenir en première ligne en Libye, bien que l'OTAN se soit engagée à «tout faire» pour protéger les civils libyens des troupes de Mouammar Kadhafi, dont la chute est désormais l'objectif avoué des alliés.

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a indiqué à la presse qu'il en avait parlé à la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, en marge d'une réunion des chefs de la diplomatie de l'OTAN à Berlin.

«Je lui ai dit qu'on avait besoin d'eux. On aurait souhaité qu'ils reviennent», a-t-il précisé.

Mais les Américains, qui ont retiré une cinquantaine de chasseurs-bombardiers des missions d'attaque au sol le 4 avril, ont répondu qu'«ils continueront sur la même ligne, c'est-à-dire fournir des avions pour des interventions ponctuelles lorsque les moyens dont ils disposent sont particulièrement utiles», a expliqué M. Juppé.

Le commandant en chef de l'OTAN en Europe, l'amiral James Stavridis, a confirmé aux ministres qu'il avait demandé il y a déjà plusieurs jours aux alliés de lui fournir «quelques avions», a indiqué le secrétaire général de l'Alliance atlantique Anders Fogh Rasmussen.

Un haut responsable américain a relativisé la pénurie de moyens dont souffrirait l'OTAN.

«Personne ne nous dit qu'il y a un manque grave», a-t-il souligné, évaluant à «environ huit» le nombre d'avions supplémentaires à mettre en ligne, selon l'amiral Stavridis, et qui seraient déjà «disponibles», selon lui.

Les États-Unis soutiennent notamment l'opération Protecteur unifié avec leurs exceptionnels moyens d'écoute et de surveillance, comme l'avion J-Star qui suit les mouvements au sol, selon un responsable de l'OTAN.

Des avions ont survolé jeudi la capitale libyenne Tripoli, où de fortes explosions ont été entendues, suivies de tirs de défense antiaérienne, selon des journalistes de l'AFP.

Lors d'un raid de la coalition, Mouammar Kadhafi a effectué une sortie dans les rues de Tripoli. Lunettes noires et chapeau, à moitié sorti de sa voiture par le toit ouvrant, il a salué les passants en levant les poings, selon les images diffusées par la télévision.

À Ajdabiya, dans l'est de la Libye, un violent échange de tirs a lieu entre les forces fidèles à Kadhafi et des combattants rebelles, selon un journaliste de l'AFP, tandis que 13 personnes ont été tuées dans une offensive des pro-Kadhafi sur Misrata (à l'est de Tripoli), selon la rébellion.

Avant la réunion de Berlin, Paris et Londres avaient claironné leur intention de presser les alliés d'«intensifier» les raids aériens en fournissant plus d'avions pour les raids.

Aucun pays européen n'a non plus répondu à cette demande alors que six États membres de l'OTAN seulement sur un total de 28 autorisent leurs avions à effectuer des frappes air-sol.

M. Rasmussen s'est néanmoins dit «convaincu que des pays (membres de l'OTAN) seront au rendez-vous pour fournir ces moyens». L'Italie, dont les avions ne font que du repérage, a été citée par un diplomate.

«Nous allons faire tout ce qu'il faut pour protéger les civils, et pas seulement en paroles, mais aussi en actions», a dit M. Rasmussen, en soulignant que l'OTAN avait déjà effectué 2000 missions depuis qu'elle avait pris en main les opérations le 31 mars dernier.

M. Juppé lui-même a reconnu «une plus grande réactivité ces derniers jours» de l'OTAN, après un début un peu «lent».

Les chefs de la diplomatie ont adopté une déclaration en trois points, trois exigences qui devront être respectées avant qu'il puisse être question d'un cessez-le-feu.

Toutes les attaques contre les civils doivent cesser. Les militaires doivent retourner dans leurs casernes et se retirer de toutes les villes où elles sont déployées ou qu'elles assiègent, telles Ajdabiya, Brega, Misrata et neuf autres dans l'ouest comme dans l'est du pays. Enfin, une aide humanitaire doit pouvoir être fournie en toute sécurité à tous ceux qui en auraient besoin.

Dans cette même déclaration, l'OTAN a «endossé fermement» l'appel au colonel Kadhafi pour qu'il se retire, lancé par le Groupe de contact chargé du pilotage politique de l'intervention internationale, réuni la veille à Doha au Qatar.

C'est la première fois que l'OTAN se prononce aussi clairement et unanimement sur la nécessité du départ du pouvoir du leader libyen.