Les rebelles libyens ont davantage besoin d'entraînement que d'armes pour affronter l'armée du colonel Kadhafi, mais pour les chefs américains de la défense «d'autres pays» doivent se charger de la formation de cette force «disparate».

Mis à jour le 31 mars 2011
Mathieu Rabechault AGENCE FRANCE-PRESSE

Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, et le plus haut gradé du pays, l'amiral Mike Mullen, sont apparus jeudi devant le Congrès au lendemain d'auditions à huis clos, pour rassurer les parlementaires sur la position de l'administration Obama qui fait face aux critiques et au scepticisme de nombre d'élus.

Les forces de l'opposition «se sont emparées de dépôts et d'arsenaux et ont mis la main sur bon nombre d'armes légères», a dit M. Gates aux parlementaires.

Avec la contre-offensive des troupes loyalistes qui a repoussé vers l'est les rebelles a ressurgi la question de la fourniture d'armements à l'opposition. Washington, Londres et Paris admettent l'envisager, mais assurent qu'aucune décision n'a été prise.

Si des «armes plus sophistiquées» seraient utiles, «ce dont ils ont vraiment besoin, c'est d'entraînement et d'organisation et cela suppose des conseillers sur le terrain», a estimé le ministre, selon qui de «nombreux pays» sont capables de fournir cette assistance.

«Ce n'est pas une capacité unique aux États-Unis et en ce qui me concerne, je pense que quelqu'un d'autre devrait s'en charger», a-t-il jugé.

Leur entraînement «ne doit pas forcément revenir à un pays de l'OTAN», a de son côté estimé l'amiral Mullen.

Ce «pourrait être fait par un autre pays, un pays arabe qui fait partie de la coalition», a-t-il proposé, en faisant référence au Qatar et aux Émirats arabes unis.

L'administration Obama martèle qu'il n'y aura pas de troupes sur le terrain même si la presse américaine fait état de la présence d'agents de la CIA en Libye pour assister clandestinement les rebelles.

Les deux hommes ont reconnu ne pas savoir «grand chose» de l'opposition.

«Pour être honnête, à part quelques chefs, nous n'avons pas beaucoup de visibilité sur ceux qui se sont dressés contre Kadhafi», a reconnu Robert Gates, pour qui l'opposition est «très disparate» et «éclatée».

Mais il ne voit pas pour autant Al-Qaïda «détourner» le mouvement à son profit, malgré les «signes» de sa présence exprimée par le chef militaire de l'OTAN.

«On ne sait peut-être pas grand-chose sur l'opposition ou les rebelles, mais nous en savons beaucoup sur Kadhafi» et son passé de commanditaire du terrorisme, a toutefois rappelé le secrétaire à la Défense.

L'intervention constitue «plus une action préventive destinée à empêcher Kadhafi de poursuivre ses exactions qu'à soutenir l'opposition» aux yeux de certains membres de la coalition, selon M. Gates.

Les rebelles ressemblent souvent plus à des manifestants armés qu'à des combattants aguerris. Selon l'amiral Mullen, seul un millier d'entre eux auraient des compétences militaires et le rapport de force avec les troupes loyalistes serait de «un contre dix».

Sur le plan opérationnel, l'armée libyenne a été soumise à 12 jours de frappes, même si le mauvais temps a gêné les opérations aériennes ces derniers jours.

«Nous avons sérieusement mis à mal ses moyens militaires, sa défense antiaérienne, ses moyens de commandement», a expliqué l'amiral Mullen, selon qui près du quart des forces pro-Kadhafi ont été mises hors de combat.

«Cela ne veut pas dire qu'il est au bord de la rupture d'un point de vue militaire parce que ce n'est tout simplement pas le cas».