L'implication militaire du Hezbollah en Syrie est croissante, avec des pertes humaines de plus en plus importantes. Le Parti de Dieu vient même de passer à l'offensive pour reprendre une ville contrôlée par les rebelles syriens. Or, il joue gros, explique notre collaborateur. Il risque d'attiser les tensions confessionnelles au Liban.

Thomas Abgrall LA PRESSE

Sur les photos, Hassan Shartuni pose en jean et débardeur, laissant paraître plusieurs tatouages. Les cheveux en brosse, la barbe rasée de près, il exhibe une carabine, tranquillement assis dans l'herbe. Pas vraiment l'image que l'on se ferait d'un combattant du Hezbollah.

Le jeune homme de 25 ans a été enterré le 17 mars dans sa ville natale de Mays el Jabal (dans le sud du Liban), après avoir «accompli son devoir de djihadiste». C'est le Hezbollah qui l'a lui-même annoncé, sans préciser les circonstances ni le lieu où le combattant a péri.

Des vidéos qui circulent sur la Toile montrent cependant le jeune homme en train de se filmer dans le mausolée de Sayidda Zaynab, dans la banlieue de Damas. Il aurait été atteint par une balle de sniper.

Le cas de Hassan Shartuni n'est pas isolé. Depuis un mois, les enterrements des combattants du Hezbollah se multiplient au Liban. Le «Parti de Dieu» peut difficilement cacher la mort de ses combattants en Syrie, comme il le faisait encore il y a un an.

Les combattants peu élevés dans la hiérarchie militaire étaient alors discrètement enterrés: la famille annonçait qu'ils étaient «morts dans un accident de la route». Une source proche du Hezbollah reconnaît que jusqu'ici 39 combattants de la «Résistance» sont tombés en Syrie. Le chiffre est très certainement sous-estimé, comme le laissent entendre les nombreuses pages sur les réseaux sociaux qui annoncent la mort de nouveaux combattants.

Sur la ligne de front

Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, a admis en octobre 2012 que des combattants du parti étaient présents en Syrie, officiellement pour «protéger» des villages de Libanais chiites sur le territoire syrien. Entre la frontière libanaise et la ville d'Al Qusayr, proche de Homs - fer de lance de la révolte syrienne - vivent en effet plus de 15 000 Libanais, qui ont en grande partie déserté les lieux.

Le Hezbollah cherche surtout à garder sous son contrôle cette région vitale, où il dispose de bases militaires. C'est aussi par là que transitent les armes qui lui parviennent du régime iranien. Privé de ce couloir stratégique, le «Parti de Dieu», pourrait plus difficilement se réapprovisionner en armes, dans la perspective d'un conflit avec Israël.

Ces dernières semaines, le Hezbollah semble avoir décidé de passer à la vitesse supérieure et serait en première ligne dans l'offensive lancée depuis 10 jours par le régime syrien pour reprendre la ville d'Al Qusayr, majoritairement contrôlée par les rebelles syriens. Une source proche du Hezbollah confirme que le «Parti de Dieu» a récemment été impliqué dans la prise du village stratégique de Tal Al Nabi Mando, tout proche d'Al Qusayr.

«Le Hezbollah n'est pas très enthousiaste à l'idée d'engager de nombreux combattants, car cela fragilise sa position au Liban, mais il n'a pas vraiment le choix, s'il veut conserver le soutien financier de l'Iran», affirme l'analyste Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

Depuis la fin de l'année 2011, le Hezbollah est aussi présent dans la capitale syrienne, pour protéger des mausolées religieux sacrés pour les chiites. Il garde le mausolée de Sayyida Roqayya, dans le centre-ville de Damas, et dispose de plusieurs centaines de combattants dans le mausolée de Sayyida Zaynab (petite-fille du prophète Mahomet et icône de l'islam chiite), dans la ville du même nom, à 7 km de Damas.

Au-delà de sa dimension religieuse fédératrice, Sayyida Zaynab jouit également d'une position clé dans l'optique d'une future bataille de Damas. Depuis le début de la révolution syrienne, de nombreux chiites syriens s'y sont réfugiés.

Entraînement de milices

Mais le Hezbollah ne se contente pas d'envoyer des combattants en Syrie. Depuis quelques mois, il entraîne aussi des civils syriens dans des camps situés en Syrie, en coopération avec les Gardes révolutionnaires iraniens, et leur force d'élite Al Qods.

L'objectif: renforcer les capacités de l'armée syrienne, et en cas de chute future du régime, installer un réseau de milices à l'intérieur de la Syrie qui lui serait fidèle. Selon des experts américains interrogés par le Washington Post, ces milices, regroupées sous la houlette de l'«Armée populaire» (Jaish al Shaabi), compteraient déjà plus de 50 000 combattants.

Une information confirmée par une source proche du «Parti de Dieu» à Beyrouth, qui parle plutôt de «Forces de défense nationale», incluant des chiites, des alaouites, mais aussi une portion de sunnites syriens.

Le Hezbollah, en s'impliquant militairement en Syrie, joue gros au Liban, où il risque d'attiser les tensions confessionnelles entre sunnites et chiites. Pour la première fois, le salafiste le plus populaire du Liban, le cheikh Ahmad el Assir, a appelé au djihad en Syrie pour défendre les habitants sunnites de la région de Homs.