L'aviation syrienne a mené lundi les raids les plus violents depuis son entrée en action cet été et le médiateur international Lakhdar Brahimi, après l'échec de sa proposition de trêve, s'est rendu à l'évidence en constatant que la situation ne faisait qu'empirer.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis vendredi, date à laquelle armée et rebelles s'étaient engagés à cesser les combats pendant les quatre jours de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha, plus de 400 personnes ont été tuées, dont 10 lundi dans l'explosion d'une voiture piégée dans une banlieue pro-régime de Damas.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit « profondément déçu » par cet échec et a exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU, les États influents du Moyen-Orient et toutes les parties concernées à « oeuvrer en faveur d'un cessez-le-feu ».

« Il y a eu 48 raids en quatre heures ce matin à travers le pays, notamment dans la région de Damas et à Idlib (nord-ouest). C'est l'utilisation la plus violente de chasseurs-bombardiers depuis l'entrée en action de l'aviation » fin juillet, a affirmé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

« Le régime cherche à gagner du terrain. Il y a des combats dans toutes les régions visées par ces raids », a-t-il ajouté.

Selon une journaliste de l'AFP, les bombardements ont été si intenses pendant deux heures lundi matin que les vitres des appartements tremblaient dans le centre de Damas.

Ces bombardements ont visé principalement les fermes de Harasta, dans la banlieue nord-est de Damas, où neuf rebelles ont été tués dans des combats au sol, a précisé l'OSDH, basé en Grande-Bretagne et qui s'appuie sur un réseau de militants et de sources médicales dans les hôpitaux civils et militaires.

En outre, l'artillerie a aussi bombardé Douma, dans le même secteur, où trois civils ont été tués, et des villages avoisinants, selon l'OSDH.

C'est dans cette banlieue que les premières manifestations contre le régime de Bachar al-Assad ont pris de l'ampleur en mars 2011 et c'est aussi dans ces banlieues que se sont constitués les premiers bataillons de l'Armée syrienne libre (ASL).

« Ces raids aériens sur les terres agricoles et les vergers aux alentours visaient à empêcher que les rebelles s'y regroupent et essaient d'y renforcer leurs positions », a expliqué une source de sécurité à Damas.

Attentat près d'une boulangerie

À la périphérie sud-est de Damas, un attentat à la voiture piégée près d'une boulangerie de Jaramana a fait dix morts, dont des femmes et des enfants, selon la télévision officielle syrienne, qui a montré les devantures d'immeubles ravagées.

Les auteurs de l'attentat « croient que les soldats habitent ici », dit une dame, la tête couverte d'un foulard blanc, en montrant un immeuble sans façade où l'on peut voir des habitants circulant chez eux en pyjama. « De toute façon, les soldats sont là pour nous protéger », ajoute-t-elle dans ce reportage.

Cette localité favorable au régime de Bachar al-Assad, où vivent principalement des chrétiens et des Druzes, avait déjà été touchée par deux attentats à la voiture piégée, le 28 août et le 3 septembre, qui avaient fait 27 morts, selon l'OSDH.

Plus au nord, des avions ont bombardé Maaret al-Noomane, localité stratégique conquise par les rebelles le 9 octobre sur la route entre Damas et Alep, la deuxième ville du pays, toujours en proie aux combats, selon l'OSDH.

« Il y a des accrochages à l'arme automatique depuis tôt ce matin, mais les combats ont commencé en fait hier. Je ne peux même pas mettre la tête dehors, car je risque de recevoir une balle », a déclaré à l'AFP Layal, 28 ans, une habitante du quartier de Zarha, dans le nord d'Alep.

Et l'agence de presse Anatolie a annoncé que l'artillerie turque avait riposté lundi après qu'un obus syrien fut tombé sans faire de victime près du village turc de Besaslan. Un autre obus a explosé plus tard à 500 mètres du village, mais l'agence n'a pas évoqué de riposte.

Selon un bilan provisoire de l'OSDH, les violences ont fait au moins 35 morts - 19 civils, 11 rebelles et 5 soldats - lundi à travers le pays.

« La crise est très dangereuse, la situation est mauvaise et empire », a estimé M. Brahimi, en visite à Moscou pour des consultations avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, allié de Damas.

« Si ce n'est pas une guerre civile, je ne sais pas ce que c'est. Toute la communauté internationale doit s'unir pour aider le peuple syrien à trouver une issue à cette crise », a ajouté le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe.

M. Lavrov s'est lui aussi montré pessimiste : « Ils se battent de plus en plus en Syrie (...). L'objectif pour tous les Syriens est de cesser le feu et de se mettre à la table de négociations ».

« Nos partenaires occidentaux et les partenaires dans la région devraient se faire à l'idée que rien ne pourra être accompli sans un dialogue avec le gouvernement (syrien) », a-t-il ajouté.